I . Réponse au sonnet de Diane
LE CHIEN DU JARDINIER
rentra chez lui, et dit à l'aîné de trois fils qu'il avait : « Quittons sans retard le royaume, car je cours le plus grand péril. » Le jeune homme, très-ému, lui en demanda naïvement la cause. « C'est, lui répondit le père, que le roi s'est aperçu que j'en sais plus que lui. » — Je ne voudrais pas, madame, qu'un pareil malheur me fût arrivé.
dune. — Rassure-toi, Théodore; si je dis que ton billet est meilleur que le mien, c'est parce qu'il entre mieux dans la pensée que j'ai voulu exprimer. N'imagine pas, d'ailleurs, que si ta plume m'agrée, je perde pour cela la confiance que j'ai en la valeur de la mienne. Toutefois, je suis femme, en cette qualité sujette à l'erreur, et parfois assez peu raisonnable, comme on ne le voit que trop. Tu crains, disais-tu, d'offenser la grandeur du sein de ta bassesse. Si tu aimes, tu te trompes; car il n'en est pas ainsi en amour, et Ton n'est jamais blessé de ce qu'un inférieur vous aime. Une seule chose peut offenser, c'est le dédain.
Théodore. — C'est en effet ce que nous dit la nature. Rappelez-vous toutefois l'histoire de Phaéton et d'Icare. Le premier fut précipité de son char doré sur une montagne escarpée; le second vit fondre ses ailes de cire pour s'être trop approché du soleil.
Diane. — Le soleil n'eût pas agi de la sorte si le soleil eût été femme. Si jamais tes vœux s'adressent à une dame d'un rang élevé, rends-lui des soins et prends confiance, car l'amour est surtout une affaire de persévérance, et nos cœurs ne sont pas de pierre! — J'emporte ce billet; je veux le relire à loisir.
Théodore. — Il est plein de fautes.
Diane. — Je n'y en trouve point.
Théodore. — Vous honorez ma bonne volonté. — J'ai là le vôtre.
Diane. — Eh bien! garde-le... Mais non, il vaudrait mieux le déchirer.
Théodore. — Le déchirer?
Diane. — Oui. La perte ne serait pas grande, et l'on perd quelquefois des choses de plus de valeur.
(Elle sort.)
tuéodore, seul. — Elle s'éloigne!... Qui eût jamais cru qu'une femme si noble et si sage osât donner aussi brusquement à connaître son amour?... Mais il peut se faire aussi que je m'abuse. Cependant, elle ne m'a jamais dit, du plus loin qu'il m'en souvienne : « La perte ne serait pas grande, et l'on perd quelquefois des choses de plus de valeur. » De plus de valeur... cela s'accorde bien avec la personne qui disait... Mais tout cela n'est que discours et badinages de femme... Eh non!... la comtesse est si réservée, si sérieuse, que rien ne serait moins d'accord avec le caractère dont elle se pique. Quand les plus grands seigneurs de Naples sont à ses pieds, comment pourrais-je devenir son esclave? M'est avis que je cours un sérieux danger. Elle sait que je rends des soins à Marcelle; de là le piège qu'elle m'a tendu et où je suis tombé... Mais non; mes craintes sont vaines : on ne rougit pas quand on veut rire. Et ce mot qu'accompagnaient toutes les timidités de la pudeur : « On perd quelquefois des choses de plus de valeur. » Comme la rose se colore et s'entrouvre aux pleurs de l'aurore, ainsi et plus belle encore, les joues empourprées des teintes du carmin, elle fixait sur moi ses regards... Ce que je vois, ce que j'entends, ou je suis fou, ou c'est bien peu de chose si le jeu est sérieux, ou c'est trop pour un badinage... Mais, tout beau! ma pensée; ne va pas t'égarer sur les pas de la grandeur... Je pourrais dire sans mentir sur les pas de la beauté, car Diane est bien belle, et son esprit n'est pas inférieur à ses charmes.