‹ Œuvres dramatiquesChapitre 11 sur 290 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

LISARDA , BELISE, FELISARDO, CELIA.

F el! sardo, à part. — Quel étrange chemin a suivi ma disgrâce, bien que ce soit pour mon plus grand bien ! Me confier à la garde de cette maison, sous un tel habit, clans une telle condition, jusqu'à ce que la première fureur soit passée ! — Depuis que le monde existe, vit-on jamais histoire pareille inscrite au livre de la Fortune ? Quelle aventure singulière ! Un homme qui, naguère dans Madrid, était plus noble que le Cid, plus libre que Bernard de Carpió, se voit maintenant esclave, pris comme gage aux termes d'une exécution, — sans plus d'intervalle ni de délai qu'il n'en a fallu pour nous habiller, Celia et moi, et sans pouvoir répondre à ces hommes ni oui, ni non... — Je crois vraiment que je rêve, et ne sais comment tout cela finira.

celia, à part. — Si je venais à me plaindre, ô destin ennemi, du costume dans lequel je me vois, et j'en aurais cerles le droit, ce serait renoncer à cette patience que je te demande de m'aecorder. Ce qui m'est arrivé est l'effet d'une ruse, non d'une faute; et, d'ailleurs, quel mal peut-il en résulter ? Il ne s'agit que de faire pendant huit jours office de serviteur.

belise, à sa mère. — Tu as raison ; tu pourras lui parler.

LES CAPRICES DE BELISE

lïsarda. — S'il tient bon, je ferai des offres telles qu'il sera forcé de les abandonner malgré lui. — Esclave... felisardo. — Madame...

lïsarda. — Espère.

felisardo. — Qu'ai-je à espérer par cette espérance? lïsarda. — Quel est ton nom?

felisardo. — Pedro.

lïsarda. — Es-tu chrétien ?

felisardo. — Oui, par la grâce de Dieu, bien que mon malheur ait voulu queje sois votre esclave.

lïsarda. — Es-tu bien malheureux d'être ici?

felisardo. — Non. — [A part.) Il est sûr que je le serais davantage si j'étais là-bas dans la prison, en payement de ce queje ne te dois pas.

lïsarda. — D'où es-tu ?

felisardo. — De Grenade; mais je suis né à Madrid d'une esclave qui eût été reine, si son malheur l'avait permis. Le fils de Charles-Quint, Don Juan d'Autriche, fit ma mère prisonnière, dans les Àlpujarras1, sa patrie, et je naquis d'un cavalier espagnol, pur et brillant comme le soleil.

lïsarda. — Quelle pitié ! Vit-on jamais rien de pareil ? — Et toi, esclave?

celia. — Je m'appelle Zara, et je demande le baptême. Je suis née à Oran, mais j'espère être chrétienne avant un mois, si je reviens chez mon maître.

BELisE. — Tu seras baptisée ici aussi bien, si cela le plaît. — [A sa mère.) Ma foi, il y a de jolies filles à Oran.

lïsarda. — Nous en avons un échantillon. — Flora, indique la cuisine à Zara, et enseigne-lui ce qu'elle a à faire. (.4. Belise.) Toi, viens recevoir un nouveau futur.

belise. — Quel ennui!

(Sortent Lisarda et Belisoa

1. Lors de la révolte des Morisques, dont Hurtado de Mendoza a écrit l'histoire en style digne de Tacite.

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