SCÈNE VII
Entre MARCELLE.
Marcelle, sans apercevoir Théodore et Tristan. — Qu'il est malaisé de feindre un amour qu'on ne sent pas! Qu'il est difficile d'oublier un amour véritable! Plus je m'efforce d'en détourner ma pensée, plus il revient obstiné à ma mémoire.
Mais il le faut, il faut pour mon honneur trouver un remède à ma tristesse; un goût nouveau me guérira de mon ancien amour, et c'est beaucoup que de trouver un soulagement à sa peine.
Mais, hélas! croire qu'à un amour vivant on puisse faire succéder un autre amour, c'est s'exposer, voulant se venger, à augmenter sa propre souffrance.
Ce serait me perdre; mieux vaut espérer. Souvent, au moment de s'éteindre, l'amour se rallume tout à coup1.
Théodore. — Marcelle!
MARCELLE. — Qui CSt là?
Théodore. — C'est moi. — C'est donc ainsi que tu m'oublies?
Marcelle, — Je t'oublie, et si bien que, pour ne pas songer à toi, je m'échappe à moi-même. Si je demeurais en moi, je t'y verrais par l'imagination, et pour me dérober à ton image, j'ai porté mon âme ailleurs, sans toutefois que j'oublie. — As-tu bien osé me nommer? Comment ta bouche a-t-elle pu prononcer le nom do Marcelle?
Théodore. — J'ai voulu éprouver ta constance, mais elle est si fragile que tu ne m'en as pas laissé le temps. On dit que tu as déjà jeté les yeux sur quelqu'un qui m'a remplacé dans ton amour.
Marcelle. — Théodore, jamais homme sage ne mit à l'épreuve ni le verre, ni la femme. Mais il s'agit bien de cela? Je te connais, Théodore. Des pensées de grandeur t'ont monté au cerveau. Eh bien! où en es-tu? Cela mar-