Sonnet
che-t-il au gré de tes désirs? Tes visées ne te coûtent-elles pas ce qu'elles valent? Il n'est pas de perfections qui puissent égaler les qualités de ton adorable maîtresse... Mais, qu'est-il arrivé? qu'as-tu? Tu me sembles troublé. Est-ce que le vent aurait changé? Viens-tu a présent chercher ton égale, ou veux-tu seulement rire et te moquer? Je l'avoue, Théodore, je serais flattée que tu fisses luire un jour heureux à mon espérance.
Théodore. — Si ton intention est de te venger, tu es amplement satisfaite; mais songe, ma chère Marcelle, que l'amour est fils de la noblesse : ne te montre pas si sévère. La vengeance est une bassesse indigne du vainqueur. Tu as vaincu; je reviens à toi, Marcelle. Pardonne-moi mon erreur, s'il te reste quelque amour. Ce n'est point parce que je ne puis poursuivre ces espérances qui t'ont offensé, mais parce que ces changements ont réveillé en moi ton souvenir. Que les tiens se réveillent aussi, puisque je proclame ta victoire.
makcelle. — A Dieu ne plaise que je détruise ainsi les fondements de ta grandeur! Sers ta belle, tu fais bien; obstine-toi, ne quitte pas l'entreprise : ta maîtresse t'accuserait de lâcheté. Suis ta fortune, comme je suis maintenant décidée à suivre la mienne. Je ne t'oft'ense point en aimant Fabio, puisque tu m'as abandonnée. Je cherche un remède. Peut-être n'ai-je point gagné au change ; il me suffit de venger mon injure. Adieu; j'ai déjà assez de cet entretien, et comme Fabio est presque mon époux, je ne voudrais pas qu'il nous vît ensemble.
Théodore. — Arrête-la, Tristan, arrête-la.
Tristan. — Écoutez, écoutez, señora : avoir cessé de vous aimer ne suppose pas un retour, et si mon maître a eu tort de vous quitter, il le répare en revenant à vous. Écoutez-moi, s'il vous plaît, Marcelle.
Marcelle, revenant. — Que veux-tu, Tristan?
tristan. — Attendez un peu.
LE CHIEN DÛ JARDINIER