SCÈNE VIII Entrent sans être aperçues ANARDA et LA COMTESSE
diane, bas à Anarda. — Théodore et Marcelle ici! anarda. — Vous paraissez fâchée de les voir ensembl '. diane. — Prends cette portière et couvrons-nous... (.4 part.) La jalousie réveille mon amour.
(Diane et Anarda se cachent à demi derrière la portière.)
Marcelle. — Pour Dieu, Tristan, laisse-moi.
anarda, bas à Diane. — Tristan cherche à les mettre d'accord. Il doit y avoir eu querelle.
diane. — Ce coquin de laquais me met hors de moi!
tristan. — L'éclair ne passe pas plus vite que ne passe à ses yeux la froide beauté de celle qui l'adore. Il méprise ses richesses, estimant que votre grâce, vos attraits soni de plus précieux trésors. Cet amour a disparu comme disparaît une comète. — Venez par ici, Théodore.
diane, à part. — Le drôle est bon courtier.
tuéodore. — Si Marcelle est déjà engagée à Fabio, si elle ajoute qu'elle l'aime, pourquoi m'appelles-tu, Tristan?
tristan. — Bon! voilà l'autre qui se fâche.
THÉODORE. — Ils feront mieux de se marier.
tristan. — Vous aussi? La belle rancune! Allons, finissons; donnez-moi votre main et faites la paix.
Théodore. — Crois-tu donc me persuader?
tristan. — Cette fois, mademoiselle, vous allez lui donner la main, pour l'amour de moi.
Théodore. — Quand est-ce que j'ai dit à Marcelle que j'avais un autre amour?... Et elle, ne vient-elle pas d'avouer...
tristan. — C'était une ruse pour vous punir de votre brusquerie.
Marcelle. — Non, ce n'est point par ruse; c'est bien vrai.
tristan. — Taisez-vous, petite sotte; allons, venez. — Que vous êtes nigauds tous les deux!
Théodore. — J'ai prié d'abord; mais à présent, queje meure si je fais la paix.
Marcelle. — Et moi, que le feu du ciel1... Tristan. — Pas de serment.
Marcelle, à part, à Tristan. — Je feins de lui montrer de la colère, mais je me sens défaillir. Tristan. — Tenez bon et du courage I Diane, à part. — Comme le fripon est adroit! Marcelle. — Laisse-moi, Tristan; j'ai affaire. Théodore. — Oui, Tristan, laisse-la.
tristan. — Moi? je ne la retiens pas.
(Marcelle feignant de s'en aller.)
Théodore. — Retiens-la.
Marcelle. — Je reste, mon amour.
tristan. — Eh bien! on ne veut plus s'en aller? Je n'y mets plus d'obstacles maintenant.
Marcelle. — Ah ! mon ami, comment m'éloigner de toi?
Théodore. — Et moi donc? Il n'est pas dans la mer de roc plus inébranlable.
Marcelle. — Je t'ouvre mes bras.
Théodore. — Que je te presse dans les miens !
tristan. — Si vous n'aviez pas besoin de moi, pourquoi m'avoir donné tant de peine?
anarda, bas à la comtesse. — Que dites-vous de cela?
Diane. — Je suis bien aise de voir combien peu il faut se fier, soit à un homme, soit à une femme.
Théodore. — Gomme tu m'as traité, Marcelle?
tristan. — Vous êtes maintenant d'accord ; félicitonsnous d'avoir réussi, car c'est un déshonneur pour un courtier que de ne pas savoir terminer une affaire.
Marcelle. — Si jamais, mon cher bien, je t'abandonne pour Fabio ou pour l'univers entier, je veux mourir du chagrin que je te donnerai.
Théodore. — Aujourd'hui j'élève sur de nouveaux fondements mon amour, et si jamais je t'oublie, je veux que