SCÈNE XII TRISTAN, THÉODORE
tristan. — Je suis comme l'épée du poltron; j'arrive toujours après l'événement.
Théodore. Ah ! mon pauvre Tristan !
tristan. — Seigneur, que vois-je?Du sang sur votre mouchoir?...
Théodore. — L'amour veut que la jalousie s'exprime en caractères de sang.
tristan. — Ma foi ! voilà une sotte espèce de jalousie.
Théodore. — Il n'y a rien d'étonnant. Un désir amoureux lui trouble la tète, et l'idée de le satisfaire lui paraissant indigne d'elle, elle déforme mon visage qui est le miroir où elle voit son honneur, et elle se venge avec le mal qu'elle lui fait.
tristan. — Monsieur, que Félicie ou Jeanne me sautent au visage, dans un transport jaloux, qu'elles déchirent de leurs ongles le col dont elles m'ont fait cadeau, qu'elles m'égratignent ou m'arrachent un côté de cheveux, pour avoir découvert que je leur ai joué quelque tour, cela se conçoit, de la part de donzelles amies du pandero 2, portant des bas grossiers, et des sandales de capuein : mais qu'une si grande dame se manque à elle-même de respect à ce point... c'est misérable.
Théodore, — Que le dirai-je, Tristan ? ma raison s'égare en voyant que tantôt elle m'adore, tantôt elle me déteste. Elle ne veut pas de moi, et ne veut pas queje sois à Marcelle. Si je cesse de m'oceuper d'elle, aussitôt elle cherche un prétexte pour me parler. Ce n'est pas douteux : elle est comme le chien du jardinier, qui ne mange, ni ne laisse manger, qui n'est ni dedans ni dehors.