Sonnet
2. Tambour de basque. L'usage des cbaussures eu corde tressée est général en Espagne dans le peuple.
tristan. — On m'a conte qu'un docteur, un savant et renommé professeur, avait une gouvernante et un laquais qui se disputaient sans cesse. Ils se disputaient au dîner, ils se disputaient au souper; la nuit, ils l'empêchaient de dormir, et le jour il ne pouvait étudier. Un matin qu'il donnait sa leçon, il fut forcé de revenir en toute hâte. Il entre dans sa chambre, et que voit-il? Gouvernante et laquais couchés ensemble, et s'adressant des douceurs: « Dieu soit loué, dit-il, une fois au moins je vous trouve en paix. » C'est ainsi, j'imagine, que finiront toutes vos querelles.
(Entre la comtesse.)
diane. — Théodore...
Théodore. — Madame...
tristan, à part. — C'est un lutin que cette femme. diane. — Je viens simplement pour savoir comment tu vas.
thécdore. — Vous le voyez.
diane. — Es-tu bien?
Théodore. — Très-bien.
diane. — Tu ne dirais pas : à votre service?
Théodore. — Je ne puis y demeurer longtemps, quand je reçois de pareils traitements.
diane. — Que ton sens est obtus i
Théodore. — Si obtus, que je vous vois et ne puis vous comprendre. Je n'entends point vos paroles et je sens vos coups; vous vous fâchez si je vous aime, vous êtes outrée si je ne vous aime pas ; vous m'écrivez, si je vous oublie, et si je me souviens je vous offense; vous voulez queje vous entende, et si je vous entends je suis un sot. Tuez-moi, madame, ou donnez-moi la vie. Finissez-en avec mes tourments.
diane. — Je t'ai fait saigner?
Théodore. — Parbleu! non.
diane. — Où est ton mouchoir?
THÉODORE. — Le VOici.
diane. — Donne.
Théodore. — Pourquoi faire?
diane. — Parce que j'aime ce sang. Tu iras parler a
238 LE CHIEN DU JARDINIER
Otavio qui te donnera de ma part deux mille écus, Théodore.
Théodore. — Dans quel but?
Diane. — Pour acheter des mouchoirs.
(Elle sort.)
Théodore. — - Vit-on jamais pareils caprices?
Tristan. — Cela tient de l'enchantement.
Théodore. — Elle me donne deux mille écus.
tristan. — A ce compte vous pourriez recevoir encore deux paires de soufflets.
Théodore. — C'est, dit-elle, pour acheter des mouchoirs, et elle emporte le mien taché de sang.
tristan. — Elle a voulu vous en payer le prix; ce sera un présent de noces.
Théodore. — Le chien du jardinier ne se comporte pas trop mal ; il caresse après avoir mordu.
tristan. — Tout cela finira comme l'histoire de mon docteur.
Théodore. — J'en accepte l'augure.
FIN DE LA DEUXIÈME JOURNÉE
TROISIÈME JOURNÉE