‹ Œuvres dramatiquesChapitre 121 sur 290 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Une rue.

FRÉDÉRIC, RICARDO ; CELIO à quelque distance.

ricardo. — Vous l'avez vu, dites-vo is?

Frédéric. — Je L'ai vu.

ricardo. — Elle lui a donné des soufflets?

Frédéric. — Le service peut fournir des occasions de déplaire; mais, croyez-moi, ce n'est pas là le motif. Pour qu'une femme d'un si haut rang se permette de porter la main au visage d'un homme, il faut, cela est clair, des raisons d'une autre nature. Ce qui le prouve, c'est la façon dont le train du personnage a augmenté.

ricardo. — Elle est femme, et lui serviteur intime.

Frédéric. — Elle court à sa perte. Et comme ici s'applique à merveille la morale de la fable des deux pots t C'étaient deux pots, l'un de terre, l'autre de cuivre ou de fer, qui voyageaient sur un ruisseau au pied d'une colline, avec des destins bien divers. Le pot de terre évitait le pot de fer, craignant toujours d'en être brisé... Et moi j'entends de l'homme et de la femme cette bizarre allégorie : étant l'un de fer, l'autre d'argile, quoi d'étonnant, lorsque l'argile s'approche autant du fer qu'elle finisse par se briser?

ricardo. — La hauteur et le grand air de Diane me tenaient en suspens; il n'est pas surprenant que ce jour-là j'aie vu sans rien voir. Mais ces chevaux, ces pages, ces parures de Théodore, n'est-ce pas le signe d'une faveur

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nouvelle ? Jamais Théodore n'aurait eu ni laquais, ni manteaux brodés d'or sans une telle occasion.

Frédéric. — Avant que cela ne devienne un bruit public dans Naples, et que l'honneur de notre sang ne soit terni, — que nos soupçons soient vrais ou faux, il faut qu'il meure.

Ricardo. — Et c'est un service à rendre à la comtessemême malgré elle.

Frédéric. — Gomment s'y prendre?

Ricardo. — Puen de plus facile. Il y a des gens à Naples qui vivent de ce métier, et qui reçoivent en or le prix du sang qu'ils doivent verser. Il n'y a qu'à s'adresser à un bravo : il l'aura bientôt expédié.

Frédéric. — Que ce soit au plus tôt, je vous prie.

ricardo. — Dès ce soir, tant d'insolence recevra son châtiment.

(Entrent Tristan, Furio, Antonello et Lirano. Tristan est vêtu de neuf.)

Frédéric, les indiquant au marquis. — Seraient-ce là des bravi par hasard?

ricardo. — J'en suis sûr.

(Ils se retirent à l'écart.)

furio. — Il s'agit de nous payer à boire, comme épingles du spiendide costume que vous avez reçu.

antonello. — Le bon Tristan n'ignore pas que cela est juste.

tristan. — Je le ferai, messieurs, et de bon cœur.

lirano. — Il est vraiment beau ton habit.

tristan. — Tout cela n'est que bagatelles en comparaison de ce que je serai bientôt. Si la fortune ne change pas les dés, on me verra sous peu secrétaire du secrétaire.

lirano. — La comtesse fait beaucoup pour votre mai- Ire, Tristan.

tristan. — Il est son intime, il est sa main droite, il est la porte qui ouvre le chemin de ses faveurs. Mais laissons là faveurs et fortune, et buvons.

furio. — Voici une taverne où nous trouverons, je crois, du lacryma-christi et du malvoisie excellents.

tristan. — Essayons du vin grec. Je veux parler grec, et il n'y a rien qui enseigne aussi bien cette langue.

Ricardo, à part, à Frédéric. — Cet homme brun, au teint jaune, doit être le plus brave de tous : les autres lui parlent, l'entourent avec des témoignages de considération. — Celio 1

celio. — Monseigneur...

Ricardo. — Fais-moi venir cet homme pâle qui est là parmi ces graves personnages.

celio, à Tristan. — Holà ! caballero! Avant d'aller dans ce saint ermitage, venez parler, s'il vous plaît, au marquis, mon seigneur.

tristan, à ses amis. — Camarades, un grand seigneur me fait appeler; je ne puis refuser d'aller savoir ce qu'il désire. Entrez, commandez sept ou huit pintes et faites venir deux doigts de fromage, en attendant que je sache quel est son plaisir.

antonello. — C'est bon; mais faites vite.

tristan. — Je vous suis, et vivement.

(Sortent Furio, Antonello etLirano.)

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