RICARDO, FRÉDÉRIC, TRISTAN, CELIO
tristan. — Que commande à son serviteur Votre Seigneurie?
ricardo. — En vous voyant ainsi escorté de ces vaillants, nous avons voulu savoir, le comte Frédéric et moi, si vous seriez homme à en dépêcher un autre1.
tristan, à part. — Vive Dieu! ce sont les prétendants de ma maîtresse ; il y a quelque chose là-dessous. Dissimulons.
Frédéric. — Vous ne répondez pas?
tristan. — Je me demandais si Votre Seigneurie ne voulait pas se railler de notre manière de vivre... Mais vive celui qui donne aux hommes force et courage ! Il n'y a point d'épée dans toute la ville de Naples qui ne tremble
1. Voilà, il faut en convenir, qui est peu vraisemblable. Il est vrai que Frédéric et Ricardo sont embossés dans leurs manteaux.
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LE CHIEN DU JARDINIER
au brait de mon nom. Vous avez entendu parler d'Hector? Eh bien, il n'y a pas d'Hector là où s'exerce la fureur de mon bras. S'il l'a été à Troie, je le suis à Naples.
Frédéric. — Marquis, voilà l'homme qu'il nous faut. — (A Tristan.) Je jure sur notre tête que nous parlons sérieusement, et si votre courage répond à votre nom, si vous n'avez pas peur de tuer un homme, nous vous donnerons en échange tout l'argent que vous voudrez.
tristan. — Fût-il le diable, je me contente de deux cents écus.
ricardo. — Je vous en promets trois cents si vous parvenez à le dépêcher cette nuit même.
tristan. — Je n'ai besoin que de savoir son nom, et ensuite d'un à-compte.
ricardo. — Vous connaissez Diane, la comtesse de Belflor?
tristan. — Oui, j'ai même des amis dans sa maison. ricardo. — Gonsentiriez-vous à tuer un de ses domestiques1?
tristan. — Domestiques, suivantes, je tuerai tout ce que vous voudrez... jusqu'aux chevaux de son carrosse.
ricardo. — Eh bien, l'homme qui doit mourir, c'est Théodore.
tristan. — En ce cas, messieurs, il faut s'y prendre d'une autre manière. Je sais que Théodore ne sort plus la nuit, redoutant sans doute les conséquences de votre ressentiment. On m'a demandé ces jours-ci d'entrer à son service. Laissez-moi faire, je vous promets de lui administrer quelque nuit deux saignées avec lesquelles le pauvre diable ira requiescat in pace, sans que ni moi ni personne soit compromis.
Frédéric, à Ricardo. — Nous ne pouvions trouver dans tout Naples un homme qui fît mieux ni plus sûrement notre affaire. — [A Tristan.) Entrez donc à. son service, et quelque jour, à l'improviste, frappez, puis venez vous réfugier dans ma maison.
tristan. — - J'aurais besoin en ce moment de cent écus.
4, En entendant ce mot clans le sens qu'il avait au seizième siècle.
Ricardo. — En voilà cinquante dans cette bourse; la première fois que je vous verrai chez Diane, je compléterai le cent et plus encore.
tristan. — Je m'en tiens au premier marché. Maintenant, je prends congé de Vos Seigneuries, car Mastranzo, Bras-de-Fer, Passe-partout, Arfuz et Peur-au-Diable m'attendent, et je ne voudrais pas qu'il leur vînt quelque soupçon.
ricardo, — Vous avez raison : adieu.
(Us se sépn revit )
Frédéric, à Ricardo. — Quelle chance!
ricardo. — Considérez Théodore comme un homme mort.
Frédéric — Le drôle! voyez quel air déterminé!
(Sortent Frédéric, Ricardo et Celio.)
trjstan. — Je cours prévenir Théodore. Ma foi! tant pis pour les amis et pour le vin de Grèce : la distance est longue d'ici à notre logis. Mais n'est-ce pas Théodore luimême que j'aperçois?