MARCELLE, THÉODORE
Marcelle. — Enfin, Théodore, tu pars.
Théodore. — Si je pars, à toi en est la faute : la rivalité entre personnes si inégales ne peut produire que des maux.
Marcelle. — Excuses aussi fausses que ton feint attachement! Tu m'abhorrais, tu aimais Diane; et il ne reste plus à ton amour déçu que l'espérance de l'oublier.
Théodore. — Moi, j'aimais Diane!
Marcelle. — il est trop tard, Théodore, pour nier les folles espérances qui t'ont perdu. Tu reçois le juste prix de ton audace et de ta lâcheté : de ta lâcheté, puisque Diane a su garder le respect qu'elle se devait; de ton audace, puisque, dans ta bassesse, tu osais lever les yeux sur elle. Entre l'honneur et l'amour, tu le sais maintenant, s'élèvent des montagnes de glace. Je suis vengée; je t'aimais encore, mais la vengeance me fera oublier ma passion : c'est la façon d'oublier de l'amour. Et si tu te souviens de moi, imagine que je t'oublie, pour en venir à m'aimer. Il faut d'abord une erreur pour ramener l'amour dans le cœur d'un homme, à la pensée qu'il est abhorré.
Théodore. — Qu~e de folies pour finir par un mariage avec Fabio.
Marcelle. — C'est toi qui me maries; c'est ton dédain qui me provoque à la vengeance.
(Entre Fabio.)
fabio, à Marcelle. — Théodore n'ayant plus à rester ici que peu d'instants, tu fais bien, Marcelle, de donner ce régal à tes yeux.
Théodore. — Ne sois pas jaloux d'un homme malheureux qui va mettre entre lui et toi l'espace de la mer.
fabio. — Tu pars donc, décidément?
Théodore. — C'est assez clair.
fabio. — Voici madame la comtesse qui veut te parler.