SCÈNE X
Entrent LUDO VICO et CAMILLO.
ludovico. — La joie où je suis, madame la comtesse, doit permettre à un homme de mon âge, de se présenter chez vous avec si peu de cérémonie.
Diane. — Qu'est-ce donc, seigneur comte ?
ludovico. — Vous seule ignorez donc ce que tout Naples sait à présent? A peine la nouvelle s'en était-elle répandue, que j'étais arrêté dáns chaque rue, et que je n'ai pu arriver jusqu'à mon fils.
diane. — Quel fils? je ne comprends pas...
ludovico. — Votre Seigneurie n'a donc jamais' ouï parler de mon histoire ... et comment il y a vingt ans, mon fils que j'envoyais à Malte auprès de son oncle, fut pris palles galères d'Ali-Pacha?
diane. — Il me semble avoir quelque idée de cet événement.
ludovico. — Eh bien, par un effet de la bonté du ciel, j'ai retrouvé mon enfant après mille malheurs qu'il a éprouvés.
diane. — Je vous remercie, comte, de m'avoir communiqué cette bonne nouvelle.
ludovico. — Mais vous, madame, vous avez en retour à me rendre mon fils, qui est ici à votre service, bien éloigné de penser que je sois son père. Ah ! sisa pauvre mère avait pu voir ce moment!
diane. — Votre fils à mon service!... Serait-ce Fabio, par hasard?
ludovico. — Non, madame, ce n'est fpas Fabio, c'est Théodore.
diane. — Théodore !
ludovico. — Oui, madame.
Théodore. — Qu'entends-je ?
ii. M
LE CHIEN DU JARDINIER
diane. — Parle donc, Théodore, s'il est vrai que le comte soit ton père.
ludovico. — Gomment, ce serait lui?...
Théodore. — Mais, seigneur comte, que Votre Seigneurie considère...
ludovico. — Eh ! mon cher fils, fils de mes entrailles, à quoi songer, sinon à mourir de joie dans tes bras?
diane. — Quelle étrange aventure !
anarda. — Quoi, madame, Théodore serait gentilhomme, et du plus haut rang?
Théodore. — Le saisissement où je suis m'empêche... Moi, je serais votre fils?
ludovico. — Quand je n'en aurais pas la preuve certaine il suffit de te voir. Quelle ressemblance avec les traits de ma jeunesse !
Théodore. — Que je baise vos pieds, en vous suppliant..
ludovico. — Je ne veux rien entendre, car je ne me possède plus. Dieu te bénisse ! Quelle bonne mine ! quel air de dignité ! Ah ! que la nature a bien écrit sur ton front la noblesse de ta naissance ! Partons, viens avec moi mon fils; viens prendre possession de ma maison, de ma fortune; viens voir ces portes que couronnent les armoiries les plus nobles de ce royaume.
Théodore. — Seigneur, j'étais au moment de partir pour l'Espagne, et je ne saurais...
ludovico. — Gomment, l'Espagne! II s'agit bien de cela! L'Espagne est pour toi dans mes bras!
diane. — Je vous en prie, seigneur comte, laissez un moment Théodore ici pour qu'il se remette et qu'il puisse se présenter chez vous, sous un habit plus convenable: d'ailleurs, je ne voudrais pas qu'il sortît de nia maison, au milieu de toute cette population en émoi.
ludovico. — C'est un langage digne de vous et du grand sens qui vous caractérise. Il m'en coûte dele quitter, même pour un moment. Mais, pour ne pas exciter davantage la curiosité, je vais partir. Je prie seulement Votre Seigneurie de me mettre en possession de mon bien avant la iwttt.
diane. — Je vous en donne ma parole.
ludovico. — Adieu, mon cher Théodore.
Théodore. — Je baise mille fois vos pieds. ludovico. — Camille, vienne maintenant la mort quand elle voudra!
camillo. — Quel charmant garçon que votre Théodore! ludovico. — Je ne veux pas trop penser à mon bonheur; j'en deviendrais fou.
(Sortent Camillo et Ludovico.)