‹ Œuvres dramatiquesChapitre 133 sur 290 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

Entrent FRÉDÉRIC et RICARDO.

ricardü. — Parmi tant de réjouissances, et au milieu de l'allégresse générale, on n'en fait pas part à ses amis...

Diane. — De quoi, messieurs ? je ne demande pas mieux.

Ricardo. — De la haute condition à laquelle s'est élevé votre serviteur et secrétaire.

Diane. — Je croyais, messieurs (veuillez m'excuser), que vous demandiez à savoir que Théodore est comte, et qu'il est mon époux.

(Elle sort.)

ricardo. — Que dites-vous de la nouvelle? Frédéric. — C'est à en perdre l'esprit. ricardo. — Ah ! si ce coquin l'avait tué ! Frédéric. — Tenez, le voilà précisément.

(Entre Tristan.)

tristan, sans les apercevoir. — Tout va à merveille. Qui aurait cru que le génie d'un laquais pût réussir à mettre sens dessus dessous la ville entière de Naples?

ricardo. — Tristan, ou qui que tu sois, arrête.

tristan. — Mon véritable nom est : Mort à tous.

Frédéric. — Tu l'as bien prouvé !

tristan. — Ce serait déjà fait, si pas plus tard qu'aujourd'hui ce mort n'était devenu comte.

ricardo. — Comte ou non, qu'importe?

tristan. — Lorsque je fis mon traité avec vous pour trois cents simples écus, il s'agissait de tuer Théodore domestique, et non pas comte. Théodore comte, c'est autre chose ; il faut augmenter le prix. Il y a bien plus de peine à tuer un comte qu'une demi-douzaine de domestiques qui sont presque morts les uns de faim, les autres d'attente, et un bon nombre d'envie.

Frédéric. — Combien veux-tu pour le tuer cette nuit ?

tristan. — Mille écus.

ricardo. — Je te les promets.

tristan. — Il me faut des arrhes. -

Ricardo. — Cette chaîne d'or.

tristan. — Comptez l'argent.

Frédéric. — Je vais me pourvoir de la somme.

tristan. — Et moi le tuer... Écoutez.

Ricardo. — Que veux- tu de plus ?

tristan. — Le silence du tombeau.

(Sortent Ricardo et Frédéric)

(Entre Théodore.)

Théodore. — Je te voyais t'entretenir avec ces deux assassins.

tristan. — Naples n'a pas deux plus grands imbéciles. Ils m'ont donné cette chaîne, et promis mille écus, pour queje vous tue aujourd'hui.

Théodore. — Sais-tu bien quelles peuvent être, Tristan, les conséquences de ta fourberie? Je ne suis pas sans inquiétudes.

tristan. — Si vous m'aviez entendu parler grec, monsieur, vous m'auriez offert encore plus que ces deux niais. Par ma foi, gréciser n'est si difficile ! Il ne s'agit après tout que de parler. Mais le plus joli, c'étaient les noms que j'improvisais : Articliès, Catiborratos, Serpalitonie, Xipatos, Alécas, Philimoclia... Ce doit être du grec, puisque personne ne le comprend ; en somme, je l'ai fait passer pour tel.

Théodore. — Je suis assiégé par mille réflexions qui ne causent une profonde tristesse. Si cette fourberie vient à se découvrir le moins qu'il puisse m'en coûter, c'est ma tête.

tristan. — C'est là ce qui vous occupe en ce moment ! Théodore. — Tu es le démon en personne. tristan. — Laissez aller la fortune, et attendez la fin. Théodore. — J'aperçois la comtesse.

tristar. — Je me sauve; il ne faut pas qu'elle me voie.

(Il se cache.)

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