SCÈNE XIII
THÉODORE, DIANE , TRISTAN caché.
dune. — Tu n'es pas allé chez ton père, Théodore?
Théodore. — Un grave souci me retient; et décidément j'en reviens à vous demander la permission de suivre ma première idée, et de me retirer en Espagne.
dune. — Si c'est Marcelle qui se met de nouveau sous les armes, le prétexte me paraît bien trouvé.
Théodore. — Marcelle! moi?
dune. — Eh bien, qu'as-tu alors?
Théodore. — Je n'ose faire passer la chose de ma bouche à vos oreilles.
Diane. — Parle, Théodore, dussent tes paroles offenser mille fois mon honneur.
Théodore. — Tristan, plus ingénieux que Dédale, — à qui la ruse devrait élever des statues; Tristan, le fourbe des fourbes, voyant mon amour et ma tristesse, et informé que le comte Ludovic avait perdu un fils, a arrangé toute cette intrigue. Je ne suis qu'un fils de la terre; je n'ai jamais connu mon père, et n'ai d'autre soutien que mon esprit, mes lettres et ma plume. Le comte me croit son fils. Je pourrais en acceptant votre main m'élever ainsi à ce comble de bonheur et de fortune ; mais j'ai trop le sentiment de l'honneur pour vous tromper. Là vérité m'est trop chère. Je reviens donc à vous demander la permission de passer en Espagne. Je ne veux pas tromper votre amour, ni faire cette injure à votre sang et à vos qualités.
diane. — Vous avez raison, Théodore, de me déclarer noblement qui vous êtes, mais vous avez tort de penser queje sois assez simple pour renoncer à mes projets. Je voulais un moyen de couvrir l'humilité de votre naissance, je l'ai trouvé, mais dans ces secrètes affinités, source de l'union des âmes. Tu seras mon époux; et pour que Tristan ne puisse jamais révéler ce secret, je le ferai prendre cette nuit, et jeter dans le puits de l'hôtel.
LE CHIEN DU JARDINIER
tristan. — Gare la tête !
dune. — Qui est là ?
trïstan. — C'est Tristan qui se plaint avec raison de la plus noire ingratitude que femme ait jamais montrée. Gomment! Quand je fais votre bonheur, vous me jetez dans un puits ! Je ne vous aurais rendu aucun service que ce sérail encore beaucoup trop.
Diane. — Tu as donc entendu?
tristan, en s1 éloignant . Ne croyez pas me prendre dans vos filets.
Diane. — Viens donc.
tristan. Quelque sot.
dune. — Reviens, te dis-je. En considération de ton esprit, je veux bien te promettre que tu n'auras pas de meilleur ami que moi ; promets seulement de garder le secret sur cette fourberie, de ton invention.
tristan. — Mon intérêt vous répond de ma discrétion.
Théodore. — Écoutez... Que signifient ce tumulte, ces cris ?