Voy. tome I'r, p
LE CERTAIN POUR L'INCERTAIN
le roi. — Qu'on me montre un' homme qui ne change pas.
mendo. — Et ce défaut lui-même de la femme, après tout, que fait-il?
ramire. — Ce serait le plus beau des animaux n'était la faculté de demander.
le roi. — Henri, c'est l'amour qui t'amène; laisse-le à ses folles idées.
don Henri. — La crainte de ses excentricités me fait tenir à l'écart de certaines dames.
le roi. — Dis toute la vérité.
don henri. — Je suis tenu au respect.
le roi. — Par ma vie !
don henri. — Si vous jurez par votre vie, je serai obligé de la préférer à mon secret. Sire, j'ai deux amours, l'un, accessible à mes désirs; l'autre est un amour impossible, si j'en crois d'honnêtes faveurs.
le roi, à part. — Cet amour impossible me ferait enrager de jalousie contre le comte. Chose bizarre que la jalousie soit l'aiguillon le plus puissant de l'amour! {Haut.) Connaîtrons-nous pas cet amour impossible?
don henri. — Pardonnez : la personne a droit à toutes sortes de respects.
le roi, ci part. — Mon tourment, mon supplice augmentent. (Haut.) Saurons-nous du moins quel est ce! amour possible?
don henri. — Oui, Sire; l'objet demeure près d'ici.
le roi. — Bien loin?
don henri. — Voici sa maison.
le roi. — Appelle.
don henri. — Appelle, toi, Ramiiv.
(Il se tient avec le roi à l'écart.)
ramire. — - Hé, là-haut ! Mon amoureux est à la porte. — Quel ennui! Au lieu de siffler, je soupire.
(Entre Justa.)
justa . — Je suis venue, Ramire. aussitôt que j'ai reconnu ta voix.
ramire. — Va dire à Teodora que mon maître le comte Henri est là qui attend.
justa. — Nous sommes si occupées que, s'il voulait bien l'excuser; elle le verrait avec plaisir.
ramire. — Écoute, Justa; minuit a déjà sonné : qu'elle n'aille pas perdre l'occasion d'un beau profit que je promets.
justa. — Je sais que tu as de l'esprit.
ramire. — On en a toujours si l'on vous donne.
(Justa sort.)
ramire, se rapprochant de don Henri. — Justa va annoncer votre arrivée à sa maîtresse.
le roi. — Teodora est-elle bien belle?
don Henri. — Je ne saurais trop le dire; on est distrait quand on regarde sans amour
(Ils montent.)