SCÈNE II
• Salon dans la maison de Teodora.
TEODORA, JUSTA, et ensuite DON HENRI, RAMIRE, LE ROI, LE GRAND MAITRE et MENDO.
teodora, ci Justa. — J'y serai toujours pour le comte, mon seigneur.
(Entrent don Henri et Ramire.)
don henri. — Teodora...
teodora. — Illustre Henri, honneur de la Gastille...
don henri. — Tu es occupée ? Permets-tu que je te demande en grâce une chose?
teodora. — Je n'ai ni occupations, ni excuses quand il s'agit de vous. [Entrent le roi, le grand maître et Mendo, embossés dans leurs manteaux.) — Qui sont ces manteaux?
don henri. — Deux personnages qui viennent te voir. teodora. — Me voir, moi?
don henri, et part. — Ce sont mes frères, le roi et le grand maître1. Arrange-toi pour leur plaire de façon à
1. Don Fadrique, fils naturel, comme Henri de Transtamare , d'Alphonse XI et de Leonor de Guzman.
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exciter la générosité de leurs mains royales. Et pour te mettre à ton- aise, moi, je m'en vais1. ■
teodora. — Non pas; car je préfère le plaisir de vous voir à tout ce qu'ils pourraient me donner.
don iiENRi. — Il y va de ma vie que tu les amuses ici un moment.
teodora. — Je le ferai pour vous, comte, à condition que vous reviendrez me voir après.
don HENRI. — Je t'en donne ma parole. — Ramire! r ami re. — Monseigneur...
don henri. •■— Sais-moi.
(Sortent don Henri et Ramire.)
le roi, au grand maître. — La personne m'agrée. Croistu, mon frère, qu'elle sache qui je suis?
teodora, au grand maître qu'elle prend pour le roi. — Que Votre Altesse se découvre, dût-elle m'éblouir aux rayons de son soleil. Sa lumière ne saurait perdre à s'abaisser sur mon humilité.
le grand maître. — Je ne suis pas le roi; demandez au soleil que voici devons découvrir ses rayons.
teodora. — Si vous nJèles pas le soleil de l'Espagne, grand maître, vous êtes un de ses principaux rayons. — {Au roi.) Seigneur, voici un rayon qui prétend que vous êtes le soleil.
le roi. — Teodora, soyez-en vous-même l'aurore.
teodora. — Tant de lumière m'éblouit. Le ciel vous garde, et vivez longtemps pour le bonheur de la C". astillo.
le roi. — Il est minuit sonné : à quoi ètes-vous occupée maintenant?
teodora. — Je dirai demain à Séville qu'à cette heurelà s'est levé le soleil.
le roi. — C'est une nuit toute de fête.
teodora. — Quiconque se couche cette nuit manque de joie ou manque de santé.
le roi. — Savez-vous chanter et jouer du luth ?
teodora. — Oui, sire. Vous plaît-il vous asseoir?
\. Singulier rôle pour un prince, mois qui a toujours existé à la cour.
le roi. — Et Henri?
teodora. — Il viendra vous rejoindre pour assister à votre lever1. Il est allé dans les environs chercher quelqu'un pour amuser Votre Altesse.
le rol — Dites-lui de revenir vite.
teodora. — Mais j'ignore où est allé le comte.
le roi. — Bien! — [A part.) Vive Dieu! je suis dupé! Qu'habilement il a su se délivrer de moi! — (Haut.) Suismoi, grand maître. — (A lui-même et à part.) Ce sont étourderies où la licence dépasse la mesure.
LE GRAND MAITRE. — Quels SOIît VOS SOUpCOnS ? VOUS
sortez bien triste.
le roi. — Je songe à mon malheur.
le grand maître. — Vous, malheureux? Comment?
le roi. — N'est-ce pas un malheur que d'être jaloux?
le grand maître. — Non, Sire, quand le ciel vous a comblé de tant de faveurs.
le roi. — Nul sans doute ne peut me faire de chagrin, mais le chagrin peut venir de moi. (A part.) Henri s'arrogerait le droit de me tromper?...
(Sortent le roi, le grand maître et Mendo.)
teodora. — Qu'est-ce que cela signifie?
justa. — Ne le voyez-vous pas? Il est jaloux d'Henri.
teodora . — L'amour, il est vrai, sait humilier à ses pieds les tètes les plus élevées. Henri m'avait demandé de retenir le roi.
justa. — Le roi l'a compris.
teodora. — J'ai perdu ce qu'il m'avait annoncé de la générosité de Son Altesse.
justa. — La jalousie ote le sentiment du juste. teodora . — Certes j'ai le droit de m'en plaindre 2.
'I. Au jour, par conséquent, puisqu'il est convenu que don Pèdve est le soleil.
2. Tout ce qui précède peut être considéré comme le prologue de l'action.
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