‹ Œuvres dramatiquesChapitre 143 sur 290 · DONA JUANA, LE GRAND MAITRE, DONA INÈS · texte numérisé non relu

DONA JUANA, LE GRAND MAITRE, DONA INÈS

le grand maître. — Se taire en pareille occasion est un tort, Madame. Sans doute, vous n'affectez pas de mépris, mais on peut le croire. Je ne saurais vous donner de conseil. Le roi est mon frère, le comte aussi; et la raison répond qu'il vaut mieux aimer publiquement un roi qu'un comte qui cherche le secret. C'est une source de graves erreurs, que de méconnaître la fortune ; elle fait souvent succéder la haine à la faveur.

dona juana, d'une voix étouffée. — Dites au roi mon seigneur....

le grand maître. — Que lui dirai-je?

dona juana. — Hélas ! je ne sais.

le grand maître. — Je sais, moi, qu'il n'est pas de la prudence d'une femme de dédaigner de placer sur sa tête la couronne que l'on dépose à ses pieds.

(11 sort.)

dona juana. — Je suis bouleversée.

dona inès. — Il y a de quoi.

dona juana. — Mon âme est tiraillée en tous sens.

dona inès. — Voyons Í que peuvent te suggérer ta pas--

LE CERTAIN POUR L'INCERTAIN

sion et ton ignorance, qui ne tourne à la ruine de Ion honneur et de ta maison ? Si Henri s'éloigne, s'il se marie en Gastille, que feras-tu après avoir perdu un roi?

dona juana. — Je suis femme : je sens mon cœur à la fois de feu et de glace. Je voix Henri envoyé en exil, je suis témoin de la passion du roi, je sais que l'amour ne connaît point de loi, et que l'absence est un danger à la fidélité. Un pouvoir absolu sait empêcher ce qu'il ne peut obtenir. L'absence fait redouter l'inconstance et conseille l'oubli. O amour que rien ne rassure ! Tu flottes entre l'espérance et la crainte.

dona inès. — Le plus sage, doña Juana, est d'oublier le comte absent. Tu n'as pas à redouter d'ailleurs que le roi s'emporte à quelque entreprise contraire à ton honneur. (A part.) Hélas! je conseille l'oublidans l'ardeur de ma passion pour Henri.

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