‹ Œuvres dramatiquesChapitre 145 sur 290 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

La campagne.

L'ADELANÏADO1, Soldats. Bruit de tambours.

l'adelantado. — De toutes les joies qu'apporte à l'homme la gloire humaine, il n'en est pas de plus vive que de songer à la patrie le lendemain d'une victoire. Echapper à la mer après une défaite, raconter à des amis l'histoire de sa captivité, ne vaut pas le spectacle d'un drapeau suspendu à la voûte du temple. Depuis le règne de Rodrigue, triste siècle marqué par la trahison de La Gava2, nous avons l'ennemi dans notre propre* maison, et celle qui fut reine vit esclave. Grenade est encore aujourd'hui la preuve persistante de notre malheur, bien que la superbe de l'Africain barbare semble toucher à sa fin.

un soldat. — Votre valeur chrétienne a su lui imposer un frein.

(Entrent le roi et le grand maître.)

le roi. — J'ai été attiré par le bruit de vos tambours, mon cher Adelantado, et j'arrive, comme vous voyez.

l'adelantado. — Votre présence fait resplendir nos armes à l'égal du soleil.

le roi. — Venez et embrassez-moi.

l'adelantado. — Mon dévouement vous remercie ; c'est à sa considération que vous daignez m'honorer. L'affection

\ . Ce titre intraduisible répond à celui de lieutenant pour le roi. dan? un poste avancé et en présence de l'ennemi.

2. Allusion à la perdida de España si déplorée par les romances.

du souverain grandit des services même petits. Oh ! mon noble prince, Aliator, le vaillant More, espérait, oui, il espérait rentrer à Grenade avec For qu'il avait coutume de porter au roi son maître. Non-seulement il a laissé en nos mains ce trésor, mais il a perdu mille hommes, lui qui n'ambitionnait pas moins que ce tribut dont se lamente aujourd'hui l'Espagne, honteuse d'un tel affront. Non, depuis la fameuse journée où l'on vit à cheval le patron de l'Espagne, une épée sanglante à la main1, on n'a vu de victoire ni plus grande, ni plus glorieuse, car, jusques sous les yeux de Dinadamar de Grenade sont arrivés les cavaliers de Castille, à la poursuite des Africains vaincus.

le roi. — Monsieur le gouverneur, je ne sais comment vous féliciter, ni quelles récompenses vous offrir. Laissezmoi le temps de songer aux moyens d'acquitter ma dette. Vous avez une fille héritière de votre maison. Avant de sortir de la grande Séville, je ferai telle chose pour elle qui vous égale en honneur aux rois de Castille. Votre noble nièce aura aussi sa part dans nos faveurs , car elle est aussi belle que bien née. Et maintenant, mari chrétien, allez goûter le repos.

l'adelantado. — Sire, puisse le ciel, dans votre entreprise victorieuse, favoriser vos étendards à ce point que votre nom soit porté jusqu'aux pôles.

(Il sort avec ses soldats.)

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