SCÈNE XII
Entre FELISARDO.
felisa r do, à part. — Voilà qui va bien, vive Dieu! Si je pouvais couper ici, j'aurais aussitôt coupé que j'aurais délié.
don juan. — Qui va là ?
FELisARDo. — C'est moi, seigneur.
don juan. — Qui, toi ?
felisardo. — Un esclave qui est aujourd'hui à votre service par une faveur de la fortune dont il se félicite, connaissant votre valeur. J'appartenais à Eliso : je suis à vous maintenant, ou plutôt je ne suis ni à vous ni à lui. Je ne sais lequel est mon maître, tellement queje puis dire : Je suis esclave, mais de qui? — Je suis entré dans votre maison comme gage, par suite d'une exécution. Mais je vois qu'une autre personne, qui sert de gage comme moi, s'émancipe à ce point qu'il est possible que vous vous y preniez. Mon maître était amoureux de cette esclave; je viens de la voir s'approcher bien près de vous, ei cela
ne convient guère; mais si vous me demandez pourquoi, vraiment je ne puis le dire.
don juan. — Tu as bonne mine pour un esclave, et je crois à ta loyauté, par la sévérité que tu fais paraître.
felisardo. — Zara, cela commence bien, et tu sais égayer ton infortune.
celia à Felisardo. — Comment? une querelle?
felisardo. — Pourquoi pas ! Le maître m'a commandé de te surveiller, et j'en ai bien le droit, puisque, en te réprimandant, je fais ce qu'a commandé celui de qui je dépens.
don juan. — Esclave, je t'en prie, ne la querelle pas; il n'y a pas de sa faute. Elle appartient de fait à Eliso; mais, tant qu'elle résidera ici, traite-la comme si elle avait été vendue. C'est moi qui suis son maître.
felisardo. — Et moi, que suis-je donc1?
don juan. — Je suis ton maître aussi.
felisardo. — Mon maître !... mais je dois craindre, seigneur, que mon premier possesseur ne me réclame comme sien. — Zara serait bien mieux à la cuisine qu'ici.
céua. — Et toi à l'écurie, à panser tes chevaux.
felisardo, ci part à Celia. — C'est pour toi que j'en suis à remplir leurs crèches.
celia, à part à Felisardo. — C'est pour toi que moi, je lave la vaisselle, sans avoir les régals de Flora. Parfait modèle d'ingratitude !
don juan. — Allons, voyons, en voilà assez. Tous deux vous êtes des miroirs de noblesse et de loyauté. Serveznous avec confiance, persuadés que je vous veux du bien. Je ne demande pas mieux que de vous faire plaisir.
I. Tout ce morceau est enjeu de mots, en équivoques et en sousentendus impossibles à rendre. Pour en faire comprendre la difficulté, il sufàt de dire que les paroles de Felisardo sont la glose du quatrain que voici :
Esclavo soy, pero cuyo?
Eso no lo diré yo.
Que cuyo soy me mandó Que no diga que soy suyo.
« Je suis esclave, mais de qui? C'est ce que je ne dirai pas ; car celle à qui j'appartiens m'a défendu de le dire. »
LES CAPRICES DE BELISE
felisardo. — Si Zara est ce que je crois, je la traiterai comme elle le mérite.
don juan. — Je vais à la messe, car il est tard.
(Sort don Juan.)