Sonnet
LE CERTAIN POUR L'INCERTAIN
ramire. — Comment ? parbleu ?
dona inès. — Que croyais-tu don'c?
ramire. — Partis depuis hier... et aujourd'hui voir un tel changement !
dona unes. — Que veux-tu ? Malheur aux vaincus !
ramire. — Soyez clone amoureux!... Quelle pitié !
dona inès. — Que voulais-tu donc que fît Juana? Henri était parti.
ramire. — Comment ! après avoir fait de son cœur un foyer de cendres ?... Pauvre comte ! Lui qui à chaque pas me disait : « Et juana, Ramire, la divine Juana, que vat-elle devenir?... Elle parlera de moi avec Inès; elle pleurera...» — « Sans doute, répliquais-je, étant aussi naïf que lui... Mais franchement, je le croyais. » — «Ah ! Ramire, ajoutait-t-il, qui serait assez heureux pour recueillir les perles qui inondent son céleste visage ! Douce rosée, descendue des étoiles de ses yeux, pour apaiser le feu de mon cœur. » — Charmant remède, ma foil... Lui préférer le roi !
dona inès. — Veux- tu m'en croire? Tais-toi, fou, et pars ; tu oublies trop où tu es.
ramire. — Rendez-moi alors la lettre. Je ne veux pas que vous la remettiez.
dona inès. — Pars, sans ajouter un mot. Peut-être cette lettre aura-t-elle de l'effet sur ce cœur insensible. D'ordinaire, c'est en épîtres que pleurent et se lamentent les absents.
ramire. — Mais quoi? Ne pourrai-je la voir ? dona inès. — Impossible pour ce matin. Elle est en train d'écrire au roi.
ramire. — Au roi? Sitôt ?
dona inès. — C'est bien fort.
ramire. — Plaise à Dieu que les doigts que le comte qualifiait de marbre se changent en pierre, l'encre en sang, la plume en dague, le papier !...
dona inès. — Laisse le papier. Sache bien que toutes tes exclamations sont vaines. Le roi est un parfait gentilhomme, et ne le fût-il pas, il suffit qu'il soit roi. Ici même, ma cousine me disait qu'il remportait sur le comté; qu'il
avait grand air à cheval, et à pied une grâce remarquable! Mais reviens demain comme je t'ai dit.
ramjre. — Gomment, demain ? Si je reviens ici demain, je veux être sensé et arrogant, riche doublé d'imbécile, prétendant sans espérance, vaillant sans ennemis, vieux par les années, sans cheveux blancs, disgracié excitant l'envie, et envieux avec disgrâce, musicien avec la voix fausse, et danseur avec les pieds plats, joueur avec mauvaise chance, mari faisant parler de soi, et pour tout dire, je veux être changé en femme, si je reviens ici demain t
(Il sort.)
dona inès, seule. — Tout me succède à souhait; et comme on voit que la fortune se déclare en ma faveur ! Amour, lisons la lettre ; voyons ce que dit Henri à sa bienheureuse dame.
(Elle ouvre la lettre et lit.)