‹ Œuvres dramatiquesChapitre 152 sur 290 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Entrent LE ROI, LE GRAND MAITRE, M EN DO, sans è tre aperçus d'Inès.

le grand maître. — Personne ne sait votre arrivée? le roi. — J'ai voulu garder le secret. le grand maître. — Sire, voilà sa cousine lisant un papier.

le roi. — Chut! [S' approchant d'Inès.) Est-il permis de connaître ce mystère ?

dona inès. — Je ne croyais pas que Votre Altesse pût avoir à se méfier de cette maison.

le roi. — Ne cachez pas la lettre.

dona inès. — Il s'agit d'une affaire que je voudrais expliquer à mon souverain et à mon roi , gloire et soleil de notre Espagne, s'il daignait m'en fournir le moyen.

le roi, à Mendo. — Qu'on nous laisse. Toi, grand maître, attends à la porte.

dona inès. — Sire, vous êtes bien grand, mais votre esprit, votre bonté sont plus grands encore. Je viens les

LE CERTAIN POUR L'INCERTAIN

invoquer aujourd'hui. Cette lettre dira mes vœux mieux que moi-même, et en expressions plus vives.

le roi. — Voulez-vous donc queje la lise?

dona inès. — Oui, car elle renferme mon histoire tout entière, sans que mon honneur ait à rougir.

le roi, jetant les yeux sur récriture. — C'est une lettre du comte.

dona inès. — Oui, Sire.

le roi. — Écoutez.

dona inès, à part. — Fixe, ô amour, la roue de la fortune. Il y va de mon bonheur.

le roi, lisant. — « Je suis. arrivé aujourd'hui à Séville; « le besoin de te revoir m'a ramené de Cordoue; je res- « terai caché jusqu'à ce que la nuit me permette de sortir; « attends- moi, maîtresse chérie, à la porte où tu avais « coutume de me parler; tu seras ma femme, ou j'y per- « drai la vie. » Quelle étrange chose! Ainsi le comte Henri n'aimait pas doña Juana ?

dona inès. — 11 me rend ses soins depuis le jour où. pour la première fois, il vint avec Votre Majesté à Séville.

le roi. — Que dites-vous?

dona inès. — La vérité.

le roi. — Je jure Dieu, que ma jalousie te donnerait la couronne que je porte, pour que ce fût la vérité! Oui, et avec la couronne tout ce qu'enserre la voûte des cieux.

dona inès. — Vous le voyez par cotte lettre. Sire ; le comte m'adore.

le roi. — Réjouissez-vous, ô mes pensers, à de semblables nouvelles. O vaines présomptions des amants! C'est vous qu'aimait Henri? Mais comment, le jour ou la veille delà Saint-Jean, ne m'a-t-il pas dit que c'était pour vous qu'il s'était caché derrière ce feuillage?

dona inès. — Parce qu'il donna dans l'œil à doña Juana, qui voulut me l'enlever. Il fallut céder à son caprice, sauf à nous à gémir en secret. Le comte est discret : il se taisait dans l'intérêt de mon honneur. Il est doue revenu et se cache dans un endroit sûr. Cette nuit, comme

il l'annonce, il viendra me voir. Si donc, Sire, vous voulez m'honorer, me combler de faveur, et assurer votre bonheur propre, mariez-moi à Henri. Cela est justice. Le comte m'aime, il m'aime éperclument, pas cependant au point de me vouloir pour femme. Il va venir cette nuit. Obligez-le par force à se marier, vous en avez le pouvoir, et n'aurez jamais plus rien à craindre1.

le roi. — Je devrais au valeureux Adelantado de plus précieuses faveurs, si j'en connaissais. Laissez venir Henri. Cette nuit vous serez sa femme.

dona inès. — Dieu vous entende !

le roi. — Victoire, amour; désormais, plus de jalousie.

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