SCÈNE VIII
Salon dans la maison de Teodora.
DON HENRI, RAMIRE
don henri. — Que dis-tu ?
ramire. — Ce que vous venez d'entendre.
don henri. — Dieu me soit en aide !
RAMIRE. — Ainsi SOÍt-Íl.
don henri. — Doña Juana aime le roi ?
ramire. — Doña Juana aime le roi, ou, en tournant par le passif, le roi est aimé de doña Juana.
don henri. — Toutes les fois que tu prétends m'être agréable, tu mêle fais acheter à ce prix. Dis-moi ce qu'elle a répondu et ne me mets pas au supplice, à la torture, suivant ton habitude, mon cher Ramire.
ramire. — Ce malheureux amour vous trouble la cervelle. Je n'ai pas vu doña Juana, mais seulement doña Inès, et remarquez bien que c'est elle qui m'a appris la nouvelle, par compassion pour vous.
don henri. — Peste soit de doña Inès !
ramire. — C'est le souhait queje fais.
don henri. — Elle l'aura dit pour se moquer de toi.
ramire. — Ou je ne comprends pas, ou c'est vous qui ne comprenez pas. Prenez garde à demeurer, monsieur, dans votre sens, prenez-y garde. Le sage se méfie.
don henri. — Doña Juana aimer le roi!
ramire. — Mordieu! c'est à se désespérer.
don henri. — Une tille bien née, en agir ainsi!
ramire. — Oui, monsieur; parce que les rois sont les plus grands des seigneurs.
don henri. — Mais les rois ne sont pas femmes.
ramire. — Pardonnez-moi.