‹ Œuvres dramatiquesChapitre 165 sur 290 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Entrent DONA JUANA et ELVIRE.

dona juana, à part. — Dans ce comble de maux, ce n'est pas assez d'invoquer la mort.

elvire, ci part, à doña Juana. — Quand la fortune vous fait une faveur si signalée, quand vous pouvez être reine et dame de Castille, vous seriez assez ingrate envers le ciel pour la contrarier?

dona juana. — Cela te surprend, Elvire? Est-ce uno merveille que l'intérêt cède à l'amour?

l'adelantado, apercevant sa fille. — Oh ! ma belle Juana... saurais-tu, par hasard, si le comte Henri est à Séviile?

dona juana. — Je sais que, objet de la disgrâce du roi, il est parti ce matin pour la Castille.

l'adelantado. — Je me suis flatté d'une espérance

vaine. Il est juste toutefois d'attendre si la même faveur ne te réserve pas le grand maître pour époux.

(Il sort.)

elvire. — Votre père et mon seigneur me semble bien préoccupé.

dona juana. — Il songe à l'honneur de sa maison, moi je songe à mon amour.

elvire. — Vous ne devez maintenant songer qu'à votre bonheur, madame.

dona juana. — Si tout à l'heure j'aimais encore, comment aurais-je oublié maintenant?

elvire. — J'avoue que le comte est un galant cavalier; mais après tout, le roi est roi, et de plus il est galant et parfait gentilhomme. Fussent-ils sur le même rang, le roi pourrait encore mériter votre choix.

dona juana. — Un sceptre n'entre pas dans les considérations de l'amour.

elvire. — Votre disposition, je l'admire : elle répond mal à votre sagesse.

dona juana. — Ah! Elvire, crois-tu que le comte soit en ce moment bien éloigné de Séville ?

elvire. — Voilà qui s'appelle se repentir i C'est bien le moyen de devenir reine t

dona juana. — N'y songeons plus, puisqu'il ne peut être remédié à rien.

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