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SCÈNE IV

les mêmes, LE GOUVERNEUR DE LA PRISON, avec la barbe et le bâton de commandement.

le gouverneur, à don Diego. — H y a là une femme qui demande à vous parler.

don diego. — Voudriez-vous bien me laisser seul, Fulgencio ?

Fulgencio. — Je reviendrai vous voir un peu plus tard.

(Il sort.)

le gouverneur. — Elle s'est présentée à la porte, voilée. Je l'ai priée de se découvrir, mais elle s'y est refusée. Elle m'a semblé de tournure élégante, et offrir toute sécurité. Enfin, elle a consenti à ce que je l'accompagne jusqu'à votre chambre.

don diego. — Dites-lui d'entrer, et veuillez excuser.

C'est une femme de haut rang, si du moins c'est la personne que je suppose.

le gouverneur. — C'est en des cas semblables que se montre le véritable amour. (// sort. — De la coulisse:) Entrez !

(Entre doña Maria, couverte de sa mantille.)

don diego. — Venir seule pour me parler, madame, et dans un lieu si peu fait pour votre personne et pour votre rang?...

dona maria. — De telles folies ont leur excuse dans les circonstances.

don diego. — Veuillez vous découvrir, je vous en. supplie. Il n'est ici personne qui puisse vous reconnaître.

dona maria, se découvrant. — C'est moi.

don Dît go. — Vous ! et dans cette prison !

dona maria. — L'amour que vous me devez m'agrée de telle façon qu'il m'oblige à me déclarer. Je viens vous demander pardon, et vous prier de ne pas pousser plus loin cette querelle, le meilleur moyen d'opérer une réconciliation étant de nous unir tous deux. Quand il saura que je vous appartiens, don Alonso se tiendra pour satisfait. Dès lors s'éteindront ces haines qui, dans les cites, engendrent des divisions d'où naissent des événements si cruels. Vous demeurez avec l'honneur que vous méritez et que connaît la ville de Ronda; le seigneur duc aura satisfaction; mon père sera consolé, et moi, j'aurai un noble époux, capable d'honorer ma maison, et de rendre lier mon frère don Alonso.

don diego. — Ah! señora doña Maria, qui pouvait, sinon un ange, faire si promplement notre paix? Votre grand esprit, j'ose l'appeler divin en cette circonstance, a trouvé le meilleur remède qui se put imaginer. Il n'en était pas de plus sûr, que dis-je, de plus facile, que notre mariage pour nous rendre à tous l'honneur? Vous dites que vous m'appartenez désormais : ce ne sera donc pas montrer trop de licence que d'embrasser l'autel fortuné, l'autel sacré à mes désirs, où pour image s'élève l'amour...

dona maria. — Celle qui a su se déterminer à vous ap-

JOURNÉE ï, SCÈNE V.

partenir ne saurait avoir d'objection à votre plaisir. Mes bras vont confirmer mes paroles. — Meurs, infâme!

(Au moment de l'embrasser, elle tire un poignard et le lui plonge dans le cœur.)

don diego. — Jésus Í Je suis mort ! Trahison !

dona makia. — Sur ces vénérables cheveux blancs tu as osé porter la main, misérable ! Voilà ce dont sont capables les femmes au cœur viril1. — Mais fuyons. — Ciel, ô ciel ! protége-moi.

(Elle sort.)

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