SCÈNE IX
Cour d'une hôtellerie à Adamuz.
UN AMÉRICAIN, UN MULETIER, et ensuite L'HOTE.
l'américain. — Traverserons-nous Adamuz si Ton nous donne cette information?
le muletier. — C'est pour cela que le proverbe dit : nAdamuz pueblo sin luz ». Mais songez qu'en sortant d'ici nous entrons dans la Sierra-Morena.
l'américain. — C'est à toi de régler nos journées. Ce soin ne me regarde pas.
l'hôte, paraissant. — '• Soyez les bienvenus, messieurs.
l'américain. — Eh bien, seigneur hôte, qu'y a-t-il à manger ?
l'hôte. — Partis ce matin au point du joui1 avec six. chiens, deux de mes garçons n'ont rapporté qu'un perdreau, ce qui me désespère.
l'américain. — Ce sera assez pour moi.
l'hôte. — Vous n'aurez pas à dire de Bencdicite. Il m'est arrivé une femme à qui je l'ai donné.
l'américain. Fussé-je arrivé le premier, je le lui aurais cédé, en sa qualité de femme. Yoyage-t-eUe seule ?
l'uote. — Seule.
l'américain. — Seule ! quel genre de femme est-ce f* l'hôte. — Pauvre, mais assurée dans son maintien. Sur un roussin de bât (excusez l'expression) je L'ai vue arriver, comme un soldat. Elle a mis pied à terre, el d'un air leste et dégagé elle a attaché sa monture et lui à donné à manger. Un moment après je l'ai vue qui rangeait une escopette.
l'américain. — A ce point belliqueuse?
l'hôte. — Comme je l'ai dit ; et cependant, je vous l'assure, je craindrais bien plus, moi, ses yeux que son escopette.
l'américain. — Auriez-vous été galant ?
l'hôte. — Je ne dédaignais pas les belles. Mais le printemps est passé et l'été est venu : ainsi va La vie.
l'américain. — Quel est sou cosí unie 1
l'iiote. — Un caban qui couvre sa personne, sans dérober son bon air; un chapeau à petits bords... le tout fort modeste. En somme, seigneur, elle paraît être de bon lieu, et ses manières sont courtoises, n'était celte diable d'arquebuse.
l'américain. — Serait-ce elle?
l'hôte. — Elle-même.