‹ Œuvres dramatiquesChapitre 184 sur 290 · SCÈNE IÍÍ · texte numérisé non relu

SCÈNE IÍÍ

Uñe rue.

Entre DONA MAIUA, en tablier et en costume simple; elle est suivie

de L'AMÉRICAIN,

dona maria. — Que Votre Grâce fasse attention que si elle fait un pas de plus je ne demeure pas une heure dans sa maison.

LA DEMOISELLE SERVANTE

l'américain^ à part. — Tout beau, ma pensé»;, il va ici une question d'honneur. [Haut.) Je te donne ma parole, Isabelle, qu'à partir d'aujourd'hui je ne t'importunerai plus comme j'ai fait. Rassure enfin ta beauté et cette grâce enchanteresse. Je sais qu'il est impossible de changer un caractère donné.

(Il sort.)

dona maria, seule. — Temps en changement fertile, qui va tantôt de moins à plus, tantôt de plus à moins, comment m'as-tu réservée pour un tel degré d'infortune? Comment as-tu écrasé à ce point ma superbe arrogance? Ce mépris de tout et de tous, ce dédain des soins et des fêtes, ces billets queje déchirais, cet orgueil de croire que nul n'était digne de ma main, — eût-il pendant des années multiplié les attentions et les soins, — tous ces raffinements de merveilleuse ont passé comme un songe, pour aboutir à ce degré d'humiliation, en sorte que je pourrais dire : Fleurs, apprenez de moi ce qu'il y a entre aujourd'hui ci hier. Riei\ f étais une merveille ; je ne suis ¡dus aujourd'hui que l'ombre de moi-même 1.

Fleurs qui, aux blancheurs de l'aurore, naissez si belles que vous le disputez au soleil, duquel vous recevez votre éclat, la vie entière n'est qu'un moment. J'ai été votre pareille, j'ai eu votre orgueil; au jour a succédé la nuit. Contemplez mon infortune. Fleurs, prenez exemple sur moi.

De l'Andalousie j'étais la merveille ; merveille ou Maria, je ne suis plus ce que j'étais hier. Belles fleurs, gardezvous de croire que vous ne deviendrez pas ce que je suis, car je suis en tel état aujourd'hui, que si vous le comparez à celui d'hier, vous pourrez, par mon exemple, apprendre la différence qu'il y a d'hier à aujourd'hui.

Que l'œillet ne soit' pas trop vain de sa pourpre, ni la marguerite de sa couronne , ni le lis des iils d'or de sa corolle; crains l'orgueil delà finesse de ton carmin, ô amaranthe, et que la teinte turquoise de la violette ne l'abuse

1 . Ce qui suit est une glose de ce couplet, et donne un échantillon .le

ces gloses particulières à la poésie espagnole.

pas sur sa fin; car, n'ignorez pas, pauvres fleurs, qu'hier /"étais une merveille.

De tout cet orgueil vous serez détrompées, quand de ses mains glacées vous fermera la froide nuit. Hier, j'étais ' une merveille, pitié je fais aujourd'hui; je vais d'un extrême à l'autre; je passe de l'être à n'être pas, moi qui, hier, m'appelais soleil, et qui ne suis. plus aujourd'hui, même V ombre de moi-même.

Page 1