DONA ANA, DON JUAN, DONA MARIA, LEONOR, JUANA
dona ana, à don Juan. — Doucement; ôtez-vous de devant moi, car j'ai reconnu, d'après votre description, la dame de vos pensées.
juana. — Puisque Léonor est avec elle, qui doute que ce soit Isabelle? Et d'ailleurs qui, sinon Isabelle, aurait celte tournure et ce brio?
1 , Tout ce qui vient de Galice est donné comme rude et sauvage.
LA DEMOISELLE SERVANTE
dona ana. — C'est une excuse pour don Juan d'en être amoureux.
juana. — Sous un autre costume, cette fille pourrait faire concurrence à quelque dame que ce fût, et exciter sa jalousie.
don juan. — Tout cela veut-il dire que je m'en aille?
dona ana. — Je voudrais la voir de plus près. Que Votre Grâce veuille bien lui dire qu'il y a là une dame souffrante qui a la fantaisie de boire à sa cruche neuve. Elle acceptera avec plaisir.
don juan. — Je veux bien, et cela pour vous obéir.
dona maria. — Dis-moi, Leonor.
LEONOR. — Quoi?
dona maria. — Ta maîtresse et ce mien amoureux avec elle...
leonor. — On voit que cela t'a fait de l'effet.
dona maria. — Peu s'en est fallu que ma cruche ne s'échappât de mes mains.
don juan, venant à doña Maria. — Cette dame vous prie de lui donner un peu d'eau.
dona maria. — Je donnerais volontiers à elle de l'eau, et à vous un coup de ma cruche.
don juan. — Pas de bêtises.
dona maria. — Prenez vous-même, et qu'elle boive de votre main.
don juan. — Songe que nous sommes en public, et une personne sage ne commet jamais d'indiscrétions.
dona maria. — J'irai, pour ne pas donner h penser que je suis jalouse d'elle... (S' approchant de doña Ana.) Que Votre Grâce se désaltère, et qu'elle soit persuadée que je voudrais que cette argile grossière fût du cristal de Venise1. Mais elle le deviendra en touchant ces mains, ces perles.
dona ana. — Je boirai un peu, car j'ai fait une chute.
dona maria. — Si l'eau peut calmer l'effet d'une chute,
4. .On connaît la célébrité de la fabrique de verres de Venise, qui existe encore à Murano.
buvez; car il est bon, après le mal, de pouvoir appliquer le remède *.
dona ana. — Voilà qui est fait.
dona maria. — J'ai bu pareillement.
dona ana, à part. — A moi de l'ennui !
dona maria, de même. — A moi des soupçons !
dona ana. — Cette eau est bien chaude.
dona maria. — Vos mains pourraient faire l'office de neige.
dona ana, à Juana. — Fais avancer la voiture.
juana, appelant. — Holà, Hernando !
dona ana. — Belle fille, en vérité.
dona maria. — Que le bonheur vous accompagne.
(Sortent doña Ana et Juana.)