SCÈNE IX
Entrent PEDRO et MARTIN.
pedro. — C'est jouer à la façon de deux soldats. J'ai perdu argent et nougat.
Martin. — La vie de Madrid est une chose que je ne peux vraiment m'expliquer. Quelle variété de gens ! quelle diversité de professions, de commerces! On y vend des biscuits, des biscotes, du nougat, des châtaignes, des poupées, des conserves, toute espèce de mets sucrés, secs, en pâte ou liquides, gâteaux et massepains, eau-devie et anisette, almanachs, complaintes, pronostics. Livres et pièces nouvelles, y compris don Alvaro de Luna, cotte joie de nos fêtes. Mais silence! les voilà.
pedro, à doña Maria et à Leonor. — Eh bien f que signifie cette tristesse? [A Martin.) Tout à l'heure elle était si joyeuse... Vous êtes .toute rêveuse maintenant t
Martin. — Il me semble avoir vu don Juan qui n'était pas bien loin d'un carrosse.
pedro. — Qui a fait de la peine à mon Isabelle le payera avec ses larmes. Je t'en fais la promesse solennelle, les cloches peuvent sonner pour lui. Tourne vers moi tes yeux, mon Isabelle, car du moins je ne suis pas de ceux qui t'on fait de la peine et ôté à tes yeux leur éclat. Quel est le barbare, le cruel, qui a osé causer à ta beauté ces ennuis? Qui t'a fait de la peine, mon Isabelle? Certainement il n'a pas idée de mon terrible caractère, sans quoi il serait mort de frayeur. Celui qui t'a fait de la peine est envie! Là où je suis, il existe?... Dis-moi, son nom, et par mon fait, il le payera bientôt de ses larmes. Dis-moi comment, de quelle façon, et je le tue, si tel est ton caprice; car, quand je mets flamberge au vent, je suis le précurseur de la mort. Si le Cid lui sert de second, je ferai une capilotade d'hommes, et je prononce le vœu solennel de l'exécuter comme je le dis. Si je me prends de querelle à Madrid avec l'homme qui t'a chagrinée, soit sûre que les cloches ont sonné à Valladolid. Il suffit, mon Isabelle, que j'aie dit: «Je le tuerai,» pour qu'il soit déjà mort. Non, non, point de pardon, on peut sonner les cloches pour lui.
^5ona maria. — Viens, Léonor, rentrons à la maison leonor. — Comme tu es triste f dona maria. — ■ Je suis au désespoir.
pedro. — C'est comme cela qu'on se quitte? dona maria. — Comme cela.
pedeu). — Conte-moi du moins ce qui se passe. dona maria. — Il ne me plaît pas.
pedrô. — Tu ne t'en iras pas.
dona maria, lui donnant un soufflet. — Tiens. pedro. — Aye!...
martin. — Qu'y a- Ml?
pedro. — Un fort atout.
394 LA DEMOISELLE SERVANTE
màrtïn. — Tu l'as frappé, Isabelle?
dona maria. — Ce n'est rien, demande-lui, s'il lui cuit.
(Sortent doña Maria et Leonor.)
FIN DE LA DEUXIÈME JOURNÉE
TROISIÈME JOURNEE