‹ Œuvres dramatiquesChapitre 211 sur 290 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Entre INÈS, voilée de sa mantille.

inès. — Voilà donc ce qu'on appelle une prison? La visiter devrait être l'occupation des saints.

citron, à part. — Je veux me donner l'apparence d'un parfait honnête homme; car, si Ton n'a pas en prison ce qu'on appelle la sympathie d'une femme, c'est à renoncer à l'existence.

inès, à part. — Voici venir un de ces mauvais sujets. Quelle mine! Il doit avoir au moins deux meurtres sur La conscience.

1 . Culebra. On appelle ainsi en langage d'argot les coups que donnent la nuit les prisonniers à ceux qui ne veulent pas payer la bienvenue. Remarquez avec quel bonheur notre poete entre dans toutes les mœurs, sait user de tous les styles.

citron. — Mademoiselle! Qui donc cherche dans cette prison Votre Grâce? Heureux assurément le mortel qui vous attire ici?

inès. — Monsieur le prisonnier, il y a un cavalier...

citron. — Un cavalier? c'est moi.

inès. — Vous? connu, mon cher!

citron, à part. — Je suis pris ! Il faut donc lui parler ma langue. {Haut.) Tolédane de mon cœur (on ne vit jamais de Tolédane sans finesse), — brillant soleil ! aimable aurore de cette nuit où je languis, je suis le valet d'un cavalier tellement nouveau dans cette prison, que je dirais presque qu'il n'y est pas encore entré. Si ma tournure vous plaisait, si vous aviez de moi quelque pitié (car l'homme que vous voyez ici n'est pas du tout le même dans la rue), je deviendrais votre esclave, et mon cœur vous appartiendrait.

inès. — Il n'en faut pas tant pour me toucher. Mais, vous n'êtes donc pas un voleur?

citron. — Est-ce que j'ai une mine à voler?

inès. — Je viens ici à la hcàte pour parler à un gentilhomme de Séville qu'on a arrêté pour cause de meurtre.

citron. — Est-ce aujourd'hui qu'on l'a arrêté?

inès. — Oui!

citron. — Eh bien, c'est comme si vous l'aviez devant vous. Je suis l'étoile avant-courrière de ce soleil. inès. — Gomment cela?

citron. — En ce que je le précède toujours... Mais permettez-moi de m'étonner, qu'étant étranger, il y ait quelqu'un qui vienne le chercher jusqu'ici. Au reste, si vous avez à lui parler, le voici.

inès. — J'ai deux mots à lui dire; nous causerons ensuite tous deux plus au long.

(Ils s'entretiennent à voix basse.)

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