Tolède n'est guère en effet qu'à douze lieues de Madrid
2. J'ai la faiblesse de préférer cet idéal d'honneur qui animera toute la pièce aux platitudes vulgaires, et même aux parodies si applaudies de notre scène moderne.
don juan, au greffier. — j'ai regardé ce cavalier avec la plus grande attention. L'autre était plus âgé; il avait la barbe noire, le teint pâle. Vous pouvez remettre ce gentilhomme en liberté.
l'alguazil. — Eh bien, partons. Je suis charmé dé yoir que don Fernand est innocent.
don fernand. — Dieu vous rende la liberté, monsieur, et prolonge votre vie autant quéjele souhaite, car je vois votre âme comme à travers un transparent cristal.
don jùan. — Un seul mot, s'il vous plaît.
don fernand. - — Je suis à vos ordres, monsieur.
don juan, à part. — Une fois libre, souvenez-vous, je vous prie, de cette générosité qui fait que je me sacrifie pour vous; car, vive Dieu! je suis sensible à ce qui vous arrive, comme si nous étions depuis longtemps amis. — Je vous ai vu, vous le savez; et j'ai feint de ne pas vous reconnaître, pour supporter ici la prison à votre place. Et puisque vous ne pouvez nier que ^ous vous soyez emparé de ma monture, tout ce que je vous demande, c'est de vouloir bien avoir soin de certains papiers. Si vous m'accordez cette grâce, je vous serai très-reconnaissant.
don fernand, de même. — Il ne serait pas juste dé nier la vérité à un si noble rt si généreux cavalier, envers lequel cependant j'ai l'espérance de m'acquitter. Je suis en tin lieu qui me met en mesure de payer la dette que j'ai contractée; c'est pourquoi je vais déclarer h haute voix que je suis le meurtrier de don Pedro.
don juan, de même. — Taisez-vous, je vous prie, car vous allez me forcer à dire que c'est moi qui le suis, alors que je le nie. Vous aurez beau me répondre : c'est moi ; je dirai que vous le faites â ma considération. Epargnez-moi donc. J'espère prouver qUe je ne suis pas de ce pays, et que je n'ai jamais eu de relations avec le défunt. Laissezmoi donc arriver au port, plutôt que de sombrer en mer.
don fernand. — Comment voulez-vous que je souffre que vous portiez toute la peine de la faute que j'ai commise?
don juan. — Moi, je pourrai më tirer d'ici et vous rendre service, tandis que vous qui êtes en cause...
don fernand. — Je sens si bien ce que je vous dois de reconnaissance, queje voudrais vous baiser les pieds!
don juan. — Ces compliments sont hors de saison. Allez avec Dieu, don Fernand, car les gens qui nous observent semblent déjà concevoir des soupçons.
don fernand. — Je suis noble, don Juan, et en même temps homme d'honneur, croyez-le bien.
don juan. — Je suis heureux d'être en prison pour un homme comme vous.
don fernand. — Dieu me permettra, j'espère, dê m' acquitter un jour.
citron. — N'attirez pas l'attention davantage.
don juan. — Adieu, don Fernand.
don juan. — Adieu.
(Ils se séparent.)