SCÈNE III DON LOUIS, DIONIS
don louis. — Je n'y puis résister ; l'amour a ses licences.
dionis. — L'amour qui déplaît n'est pas de l'amour; cela s'appelle obstination.
don louis. — Mes désirs font concurrence à mon honneur.
dionis. — Il n'y a d'amant véritable que celui qui aime. On ne peut qualilier d'empressement honnête ce qui porte atteinte à la réputation de sa dame. Si l'on vous voit fréquenter ainsi sa rue, on dira que quelque faveur inspire ce beau feu.
don louis. — On ne parlerait pas des feux de l'amour, s'il ne résidait que dans les spéculations de l'entendement, et la raison accorde liberté d'action à la pensée, à propos de dons tout extérieurs.
dionis. ■ — Un véritable amour songe avant tout aux intérêts de l'objet aimé, et ce n'est pas aimer" que de préférer son caprice à sa dame.
don louis. — L'amour est un désir.
dionis. — J'en conviens.
don louis. — Il ne poursuit qu'une fin.
dionis. — Oui, une fin honnête.
don louis. — Le plaisir est-il l'amour?
dionis. — Ce n'est qu'une effervescence des sens.
don louis. — Est-ce que l'âme ne le ressent pas?
dionis. — Elle ne le ressent pas.
don louis. — Alors, c'est le corps seul qui aime?
dionis. — Il veut se contenter.
don louis. — D'où naît l'inquiétude?
dionis. — Du bien absent.
don louis. — Tant queje vis dans mon corps, mon corps est la vie.
ii. 31