DON FERNAND, LEONARDA, L1SENE
don fernand. — Don Juan parti sans me dire adieu... Quel si grave motif...
leonarda. — Il a reçu, je crois, des lettres de Madrid, où il a un procès.
. don fernand. — Des lettres, un procès, ne sauraient obliger un galant homme à se montrer ingrat envers son hôte.
lisène. — Ce n'est pas la conduite d'un galant homme, mais d'un fat, que de partir si précipitamment, sans prendre congé, sans donner, tout au moins, les motifs de son départ à son ami.
leonarda. — Vous paraissez piquée, Lisène?
lisène. — Moi? de quoi?
leonarda. — Suffit. Mais il est probable que si don Juan vous eût aimée, vous l'estimeriez un galant homme.
don fernand. — Tes paroles, Leonarda, sen ten) un peu la jalousie. Il y a sans doute un motif à ce brusque dépari de don Juan qui m'afflige; mais ce motif, je ne l'aperçois pas. Quant à ce prétendu procès...
leonarda. — Que soupçonnes-tu donc ?
don fernand. — Ce que je soupçonne ? que ta mélancolie n'était pas sans cause.
leonarda. — Pourrait-on me blâmer d'avoir couru de l'estime pour un homme à qui vous m'avez fait écrire avec si peu de discernement un billet?
don fernand. — Un billet, oui; mais non pas une déclaration.
leonarda. — Fernand, si deux personnes échangent des cartas1, il est évident que c'est pour jouer. don fernand. — A quel jeu?
4 . Jeu de mots sur carta, qui signiñe à la fois lettre et carte à jouer.
león arda. — Je parle dans l'hypothèse d'amours honnêtes, et le jeu n'a pour but que d'amener les volontés à une fin, le mariage. Crois-moi : il n'est pas d'homme, pas de femme, qui, après avoir échangé deux billets, ne prennent le jeu au sérieux.
don fernand. — J'ai eu tort, je le vois, de trop vanter don Juan.
leonarda . — Ce n'est pas douteux, Fernand : faire l'éloge, c'est être un intermédiaire déguisé.
lisène. — Comment! vous faisiez l'amour avec don Juan, et vous prétendiez traiter avec lui de mon mariage? La belle amitié!
don fernand. — Que signifie?...
lisène. — Rien; c'est maintenant du passé.
don fernand. — Je me vois offensé de telle sorte, queje ne sais par où commencer à me plaindre. Si je m'adresse à ma sœur, elle me répond qu'elle aime don Juan, et qu'à moi en est la faute; si je parle à Lisène, je la vois jalouse de Leonarda. Mon honneur et mon amour vont aussi mal l'un que l'autre.
lisène. — J'ai pensé qiu* je pouvais me marier après la mort de don Pedro.
don fernand. — Vous le pouvez tout aussi bien après la mort de don Juan.
lisène. — Don Juan est mortt
don fernand. — Il est parti, ce qui revient au même.