SCÈNE VI
La campagne.
ALEXANDRE », ALBANO, gens de la suite.
Alexandre. — Agréable délassement que celui de la chasse !
albano. — Vous en êtes la preuve, puisqu'elle vous entraîne de Florence aux montagnes de la frontière d'Urbin 2.
Alexandre. — Je te permets de l'appeler une aimable folie. La belle fontaine ! qui, sortant d'unegrotte obscure, verse dans la vallée le cristal de ses eaux, parmi des lis bleus et blancs! On la prendrait pour le bain de Diane. Campagnes, vous êtes le plus grand bienfait que le ciel ait accordé à l'homme. Outre les aliments que vous lui fournissez, c'est vous qui délassez des fatigues publiques. Quel est le front soucieux qui ne s'éclaircisse parmi ces édifices naturels, œuvre du déluge, dont l'architecture surpasse les dessins de Vitruve? Là bas un roc dresse son front superbe,qui semble défier le ciel; ailleurs il s'abaisse, mais pour plonger encore plus profondément ses racines dans la terre 3. Préfériez-vous les trophées royaux qui surmontent pompeusement une porte, de style dorique, à la manière dontces touffes de lentisques et de tamaris couronnent ces rocs escarpés? Dans cette solitude, on prendrait le ciel pour une prairie semée de fleurs variées, et, sous l'éclatante lumière du soleil, je compare le sol a un prairie émaillée d'étoiles. Quel plaisir d'entendre le
\. L'histoire parle d'un scélérat, nommé Alexandre de Médicis, fils naturel de Laurent II de Médicis, duc d'Urbin. Il fut imposé pour chef à Florence, en 1530, par Charles-Quint, dont il avait épousé la fille illégitime, Marguerite d'Autriche. Lope aura arrangé tout Cela à sa fantaisie.
t. Ce qui est un peu loin, Urbin étant de l'autre côté de L'Apennin, par rapport à Florence.