‹ Œuvres dramatiquesChapitre 259 sur 290 · Et quantùm vértice ad auras · texte numérisé non relu

Et quantùm vértice ad auras

/Etherias, tantùm radice in Tártara tendit.

(V,rg.)

murmure du ruisseau qui sert d'accompagnement aux plaintes du rossignol, qui lorsque plus il soupire, semble chanter la musique qu'il lit écrite sur le sable!

alb ano. — On dirait que Votre Excellence a le projet de se faire ermite dans ces montagnes.

Alexandre. — Albano, oublier un moment Florence rend plus vif le plaisir de s'y retrouver.

albano. — J'en conviens.

Alexandre. — Je ne lui connais d'autre rival que Naples. C'est à Florence que la nature s'est montrée prodigue de ses dons; mais pour l'estimer à son prix, il faut s'en absenter quelquefois.

(Entre Fabio.)

fabio, à lui-même. — Je crois m'être trompé de chemin. Sûrement celui-ci ne mène pas a Florence.

albano. — Voici quelqu'un qui a l'air de venir d'Urbin.

fabio. — J'aperçois des gens qui descendent de la montagne dans la plaine.

albano, à Fabio. — Qu'est-ce que vous cherchez, mou bon homme?

fabio. — J'ai perdu ma direction, et me voilà errant dans ce labyrinthe.

Alexandre, surpris. — Fabio, je te reconnais au son de ta voix.

fabio. — Monseigneur !..

Alexandre. — Que je t'embrasse par souvenir de ton ancien attachement.

fabio. — Bénie soit l'erreur qui m'a fait si bien rencontrer!

Alexandre. — Depuis ton départ de Florence tu m'as oublié, ingrat...

fabio. — L'adversité trouble les meilleurs esprits. J'avais perdu toute espérance, mais vous me la rendîtes, Seigneur, quand votre main héroïque me sauva de la juslice de votre frère, ce que n'aurait pu nul secours humain. Je me rendis à Urbin, me tenant toujours sur mes gardes, etjeme misauservice duduc aujourd'hui défunt, Je n'étais pas ingrat envers vos bienfaits, niais déliant. La conscience

d'un tort engendre la crainte. Vous n'ignorez pas qu'un ennemi puissant ne venge que par le sang une offense.

Alexandre. — J'approuve ta conduite.

fabio. — Le sage doit toujours avoir présent à la mémoire ses torts envers autrui 1. Où vas-tu en ce moment?

fabio. — Je vais bravement à la recherche d'un mari pour certaine dame, et je ne devais pas m' attendre à le trouver dans ces monts déserts.

Alexandre. — Est-ce une grande dame ?

fabio. — Elle porte un nom illustre, et descend d'un sang royal.

Alexandre. — Gomment s'appelle-t-elle?

fabio. — C'est un secret, et des plus importants.

Alexandre. — Un secret?

FABIO. — Oui.

Alexandre. — Eh bien, bonne chance Í

fabio. — C'est une femme qui ne serait pas indigne du frère du grand duc de Florence.

Alexandre. — Prends-moi donc, moi qui le suis.

fabio. — C'est plus sérieux que vous ne croyez, bien que vous paraissiez railler ma diligence. Mais, allons prendre le grand chemin. Il importe que vous m'entendiez.

Alexandre. — Soit vérité, soit plaisanterie, tu peux parler.

fabio. — Attention, alors.

Alexandre. — Commence.

fabio. — Apprenez donc votre heureuse fortune.

(Ils sortent en s'entretenant.)

\ . On s'aperçoit de reste à cos maximes que nous sommes en Itnliv\ et cette morale machiavélique avait également oours en Espagne. Je suis persuadé qu'Antonio Perez en faisait son profit dans sa conduite à l'égard de Philippe II, « contrario poderoso. » Toujours l'empreinte <îu temps dans le drame de Lope.

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