TEODORA, JULIO
teodora. — Je ne pouvais espérer rien de plus heureux.
julio. — J'en tombe d'accord, et je partage voire joie.
téodora. — On ne peut tirer un mot de Camilo, tant il est irrité, bouleversé; mais il dira (ce qui est assez vraisemblable) qu'une fois marié, ce n'est pas Diane, mais lui Camilo qui gouvernera l'État. Je crains qu'elle ne se mette à aimer le premier mari venu qui lui sera présenté.
julio. — J'ai la même opinion de cette pauvre innocente. Mais, si cela arrive, nous serons les premiers à en souffrir. Il faut donc pourvoir au remède.
téodora. — Dans cette simple nature, si l'âme est cause, l'effet doit s'en ressentir. Or, si tant de femmes ont fait de mauvais mariages, bien que douées d'un rare entendement, que peut-on attendre d'une espèce d'idiote?
julio. — Je suis de votre avis, Teodora, mais il me vient une idée. .
teodora. — Laquelle?
julio. — Il faut lui dire du mal de l'espèce masculine. Effrayée de tes discours, cela pourra agir sur son esprit, quand Camilo entreprendra de la toucher, si toutefois on peut espérer de trouver une femme, tellement simple, tellement niaise, à qui le mariage fasse peur.
téodora. — J'approuve ce raisonnement; mais si, selon la loi naturelle, soit effet de son sexe, soit résultat de l'humaine faiblesse, elle commence par aimer les hommes, à quoi servira d'en dire du mal?
julio. — Quel danger y a-t-il à l'essayer?
teodora. — Je le veux bien. Cela peut avoir un bon résultat. Toutefois, il ne faut pas badiner avec l'amour?
julio. — D'où viennent vos doutes.
teodora. — C'est que l'amour est une fureur qui contraint à aimer avec passion jusqu'aux êtres privés de
LA FAUSSE INGÉNUE
raison. Une brute est bien inférieure à l'homme, et cependant elle est capable d'aimer.