‹ Œuvres dramatiquesChapitre 261 sur 290 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Entrent DIANE en grande toilette, LAURA , FEXISA.

diane. — Ne suis-je pas un peu bien brave? teodora. — Merveilleuse!

diane. — Voyez-vous mes cheveux comme ils sont arrangés? C'est Laura qui les amis ainsi, en les frisant avec une machine en fer. Mais quand j'ai vu que Fenisa la mettait au feu, j'ai sauté de mon estrade et je me suis enfuie en courant jusqu'au corridor. Regardez toutes ces babioles qu'on m'a attachées partout sur la poitrine.

julio. — Vrai Dieu, Votre Altesse ressemble à un ange.

diane. — Mais, je le crois. Voyons, répétez-moi cela, comme on dit dans le peuple.

julio. — Je dis que Votre Altesse-est bien belle.

diane. — Eh bien ! voulez-vous nous marier tous deux ?

teodora. — Madame, ne parlez pas ainsi. Tenez vous en méfiance contre les hommes.

diane. — En méfiance? et pourquoi?

teodora. — Parce qu'ils sont méchants.

diane. — Moi, je les croyais bons. Le Duc, mon père, était-il un homme?

teodora. — Oui, madame.

diane.— Eh bien, je crois que, puisqu'il 1 ù t aimé de ma mère, il était bon et non pas méchant. Y a-t-il des femmes qui aient enfanté sans l'opération d'un homme?

teodora. — Non, madame.

diane. — Alors ils doivent entrer pour quelque chose dans le bien de ce monde.

teodora. — Les femmes de haut rang doivent les éviter comme la peste.

diane. — La belle avance de les fuir, s'ils sont assurés de nous atteindre!

julio, à part, à Laura. — Que de malice dans cette villageoise!

laura. — Malicieuse, oui, mais si simple en même temps.

Diane. — Holà, Fenisa !

fenisa. — Madame!

Diane. — Quand vous vous regardez au miroir, quand vous faites tant de toilette, quand vous vous frisez les cheveux, quand vous appelez et donnez la main, quand vous mettez jupes sur jupons, quand vous attachez des rosettes à vos patins, à défaut de rangées de grelots, — est-ce pour mieux, courir, afin que les hommes ne vous attrapent pas?

laura. — Madatfie, nous ne tenons pas précisément à leur déplaire, et tout cela n'a d'autre but que le mariage.

Diane. — Quand, la veille de la Saint-Jean, vous êtes si attentives aux paroles des passanis est-ce aux hommes, dites-moi, ou à Saint-Jean que vous pensez?

fenisa. — Aux. hommes, stùora mia.

dune. — Et quand vous sortez avec vos jupes immenses, vous pavanant et faisant la roue, comme un galant qui se donne la discipline 2, toutes ces minauderies sontelles à l'adresse des femmes ou à l'adresse des hommes?

laura. — Pour sortir d'une campagne déserte, vous en savez bien long.

diane. — Moi, Laura, je suis pour les hommes.

teodora, bas ci Julio. — Camilo lui aura fait sa déclaration.

julio. — Je le croirais volontiers, madame. teodora. — Mais le voici.

'1. Voyez ci-dessus le Certain pour Vincertain.

2. L'une des manières espagnoles de faire sa cour. Dans les cérémonies de la semaine sainte, ceux qui faisaient partie de la confrérie des Flagellants, au moment de passer sous le balcon de leurs belles, se frappaient à tour de bras, et quelquefois si rudement, qu'on les emportait évanouis et couverts de sang. Voy. Voyage en Espagne de Mme d'Aulnoy, et les Lettres de la marquise Villars, ambassadrice de France sous Charles II.

LA FAUSSE INGÉNUE

julio. — Il veut rire, sans doute, car il est accompagné d'autres cavaliers, embossés dans leurs manteaux.

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