SCÈNE VII ALEXANDRE, FABIO, TEODORA
fabio, à part, à Alexandre. — J'aurais voulu vous parler, mais j'étais gêné par la présence de Teodora. Voyons, qu'allez -vous me dire maintenant pour vous disculper?
Alexandre. — Laisse donc, Fabio; ce n'est pas l'amour qui possède Diane, c'est de la folie pure. Et si telle est en réalité son humeur, il n'est pas de fortune, pas de beauté qui me fît prendre patience. Va, tâche de la voir, et dis-lui que, sensible à un tel affront, je vais retourner à Florence; je ne veux pas d'une femme à intervalles lucides.
fabio. — Ce sont d'étranges gentillesses pour la ramener à le rendre son cœur! Adieu, je vais savoir quel est le fond de sa pensée.
(Il sort.)
teodora. — Maintenant que Fabio est parti, je veux, noble chevalier, vous apprendre qui je suis.
Alexandre. — J'en suis déjà informé, madame, et je m'excuse de n'avoir pas commencé par vous rendre les devoirs qui vous sont dus.
teodora. — Ne doutez pas, qu'en ce qui me concerne, je n'aie été vivement peinée de l'algarade que vous avez reçue. (Diane et Fabio reviennent aux écoutes.) Il faut excuser l'esprit borné de nqtre Duchesse : elie n'en sait pas davantage.
Alexandre. — Je ne suis pas offensé de son peu de courtoisie, puisque, à ce qu'il semble, il ne faut pas lui demander la sagesse de Salomon. Ce que je regrette, c'est d'avoir sottement donné lieu à la façon dont elle .m'a traité.
teodora. — Moi, j'ai été vivement touchée de la relation que vous lui avez faite de votre aventure funeste.
Diane, bas à Fabio — Que dis-tu de cela, Fabio?
fabio. — Je livre la solution de ce mystère au diable.
Alexandre. — Je ne sais comment répondre à tant de grâce.
544 LA FAUSSE INGÉNUE
teodora. — La question de l'héritage de cette femme est encore pendante. Si les juges la décident en ma faveur, si, restant parmi nous, vous me faites la grâce de m'accorder votre appui, croyez, illustre Farnèse, que je vous en récompenserai de manière que cet héritage entier devienne votre possession.
Diane, à F abio. — Gela ressemble-t-il à de la crainte, ou à de l'amour x<?
fabio. — La crainte de ne pas être duchesse! tous les moyens lui sont bons.
Diane. — Je suis jalouse, car je suis femme. Le projet pourrait bien ne pas réussir.
Alexandre, à Teodora. — Permettez-moi, madame, de prendre le temps d'arranger mes affaires.
fabio, bas à Diane. — C'est vous qui avez fait qu'il s'en retourne à Florence.
diane. — Comment? à Florence, puisqu'il est frère du duc de Parme?
fabio. — Tout cela n'était qu'une fable, à l'adresse des témoins.
teodora. — Allez avec Dieu, vaillant Farnèse, et pour vous remercier de ce que vous êtes de mon parti, de ce que vous me vengerez du tort fait à la justice de ma cause, acceptez ce diamant, comme le gage d'une dame qui vous prend pour son chevalier.
Alexandre. — Une si grande faveur, madame! Ce diamant me fait votre prisonnier, et rend mon cœur à jamais votre captif.
diane. — Si c'est sérieux et qu'il persiste (ce qui prouve qu'on ne gagne jamais à écouter), je tombe tout à plat, avec ma bêtise simulée.
fabio, bas à Diane. — Je le rejoins.
Alexandre, à Teodora. — Que vois-je? Fabio et Diane...
fabio, à part. — Silence ! elle était là qui a tout entendu.
1. Allusion aux discours de Teodora sur la défiance que devaient inspirer les hommes.
Alexandre. — Serait-il bon de lui dire un mot?
fabio. — Non pas! c'est une tigresse, elle est furieuse. Venez par ici, seigneur, et feignez de ne l'avoir pas aperçue.
(Sortent Alexandre et Fabio.)