‹ Œuvres dramatiquesChapitre 272 sur 290 · SCÈNE VIII DIANE, TEODORA · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII DIANE, TEODORA

Teodora. — Gomme vous semblez triste, Diane?

Diane. — Oui, je suis triste, et à cause de vous. J'étais à peine arrivée, ma chère Teodora, quand vous m'avez donné un conseil que vous ne suivez guère vous-même.

teodora. — Un conseil?

Diane. — Oui, de me métier des hommes, et de les fuir avec grand soin : or, je vous trouve toujours à leurs côtés. Ce matin même, vous m'avez prêché le même sermon, en apportant à l'appui une foule déraisons et d'exemples. Je ne vous comprends pas. Il y a quelque chose Ià-dessous. Apprends-moi vraiment si je puis les aimer, car, depuis quelques jours, je ne sais à quoi me résoudre, et mille scrupules agitent mon esprit. Dis-moi, par ta vie, qu'est-ce que l'amour ?

teodora. — L'amour, Diane, est un désir.

Diane. — Pas davantage?

teodora. — Si vous voulez, c'est un espoir qui veut être réalisé. L'amour est encore la transformation de deux âmes.

Diane. — Gomment cela?

teodora. — Oui, un échange. L'âme laissant son propre corps passe dans la personne d'autrui.

dune. — Ah ! mon Dieu !

teodora. — Qu'est-ce qui vous étonne?

Diane. — Ce passage dans un corps étranger, qui est l'invention la plus singulière que pût imaginer l'esprit. Mais, entre deux personnes qui s'aiment, qu'est-ce qui peut opérer une brouille?

teodora. — La jalousie.

ii. 35

LA FAUSSE INGÉNUE

diane. — Qu'est-ce que la jalousie?

teodora. — La crainte vraie ou imaginaire d'un rival.

diane. — Et si ce rival existe ? •

teodora. — C'est une offense. La jalousie, en, tant que jalousie, c'est une ombre dans la nuit, qui naît du mouvement même de la personne; c'est une peinture en perspective qui représente de hautes montagnes, qui ne sont que des traits légers du pinceau. Avez-vous passé quelquefois rapidement près d'une glace? C'est votre personne, et vous la prenez pour une autre. Voilà ce que c'est que la jalousie.

diane. — Comment ! la jalousie serait tout ce que tu dis là?

teodora. — Dieu vous préserve de l'éprouver.

(Elle sort.)

diane, seule. — Doux engagements de l'amour, qui a permis que vous vous soyez formés à l'aveugle ? J'ai confié à Fabio la secrète mission de me trouver un défenseur, et quand je crois l'avoir trouvé, je ne vois partout que pièges, trahisons, audacieux propos. J'ai pris la . résolution de m'attacher à un noble chevalier, tel qu'est Alexandre, el dans ma colère je me repens d'avoir été trompée. Qui clone, sinon moi, pouvait trouver le malheur à côté du remède?

Ah! ma chaumière chérie! ah! aimables campagnes! Qu'il meure de jalousie celui qui m'a menée à La cour !

Douces solitudes, où j'écoutais le gazouillis des oiseaux parmi les fleurs, le murmure des ruisseaux quYpanchaient les glaces! Ah! vous ne connaissez ni déceptions, ni flatteries, ni dédains, ni ces trahisons qui nous font craindre pour notre vie ; à défaut de poignard, le poison. Jamais je ne sus dans mon village quelle était la couleur de la crainte ; aujourd'hui, j'en suis réduite à avoir peur même de mon ombre. Là-bas, tous étaient simples ; ici, chacun est dissimulé, et le mensonge a son excuse dans l'ambition de parvenir.

Ah! ma chaumière chérie ! ah! aimables campagnes! Qu'il succombe à la jalousie celui qui m'a traînée à la cour !

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