‹ Œuvres dramatiquesChapitre 273 sur 290 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Entrent FABÏO et ALEXANDKU.

fabio. — Il n'en faut pas beaucoup pour raccommoder des amants.

Alexandre. — Trop de présomption nuit quelquefois. [A Diane.) Profondément découragé en voyant en vous un tel changement à l'égard de l'homme qui vous adore, je me croyais fondé, madame, à vous demander l'autorisation de m'éloigner, quand Fabio m'a engagé à différer mon départ pour Florence.

Diane. — Fabio va un peu bien vite, et s'il était pendu à l'un des créneaux de ces murailles, mon honneur serait en sûreté, et je serais vengée de mon fol amour.

fabio. —Je ne mérite pas moins, cela est certain. Tel doit être le loyer de l'homme qui vous a sauvée du naufrage et amenée dans le port; mais si ce mouvement de colère est un effet du caractère féminin, dont l'infirmité donne prise aux soupçons les plus vains, vous ai-je trompée, dites-moi, en vous amenant Alexandre?

Alexandre. — C'est toujours moi, charmante Diane> qui suis Médicis; je ne m'appelle pas Farnèse, comme je l'ai annoncé faussement; je n'ai vu Porcia de ma vie; je ne redoute aucune vengeance; je n'ai tué personne, et personne ne m'a arrêté. Tout ce récit n'avait pour but que de tromper les écoutants.

dune. — Si vous avez voulu par cette ruse dissimuler qui vous étiez, ne pouviez-vous me l'indiquer de manière à ce q-u'il me fût permis de vous entendre avec moins d'émotion.

Alexandre. — Mais je n'ai pu vous aborder.

dune. — Et cette manière enthousiaste de peindre Porcia dans le simple appareil, était-ce aussi une ruse ?

Alexandre. — Une nuit, pour me donner une idée de l'Aurore, à son premier sourire, Laure a permis, madame, que je vous visse en cet état 1. Telle que je vous vis je vous

1. Fort bien, mais l'im.'ige n'en est pas moins un peu vive sous la plume de ce prêtre, familier du Saint-Office. E ros//

ai dépeinte, car j'étais demeuré dans le jardin, et la fenêtre était ouverte.

Diane. — Je puis à peine me résoudre à vous croire. J'ai été troublée jusqu'au fond de l'âme, et après vous avoir entendu, je ne sais comment me rassurer. A qui peut mentir avec tant d'aisance et de désinvolture il est naturel qu'on refuse sa créance, quand il dit la vérité.

Alexandre. — Le jour de mon arrivée ici, j'eus, la nuit, une entrevue avec vous. J'en écrivis le résultat à mon frère, en lui demandant son appui, et en même temps un corps de troupes, qui, le moment venu, me permît de vous prêter un secours assuré. Voici ce qu'il me répond.

(Il présente une lettre.)

diane. — Donnez.

Alexandre. — Vous verrez, d'après cette lettre, que vous pouvez compter sur lui, et qu'il se montre digne de lui-même.

(Pendant que Diane lit, Alexandre et Fabio s'entretiennent à l'écart.)

Alexandre. — Je ne connais pas de plus sûr moyen de la détromper. Elle est certainement intelligente; de plus, elle est isolée, et elle craint son propre mal.

fabio. — Il y a de quoi : elle est entourée d'ennemis.

Alexandre. — Elle ne peut compter, pour sa défense, que sur mon amour et mon épée.

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