SCÈNE X
Salon du palais ducal.
Entrent CAMILO, JULIO et TEODORA, qui les observent de loin.
teodora, bas à Julio et à Camilo. — En conférence tous les trois !
Camilo. — Oui, vraiment; et Diane est en train de lire une lettre.
julio. — Notez qu'elle est entièrement calmeo. teodora. — Si l'on pouvait d'ici entendre ce qu'ils se disent...
diane, à Alexandre. — Ma lecture est finie, et mainte-
nant, Alexandre, vous réapparaissez sous un autre aspect; je sais que je puis compter sur vous.
Alexandre. — Si vous croyez, madame, queje n'ai pas dégénéré du sang de mes aïeux, vous pouvez vous flatter, j'espère, de voir bientôt tous vos ennemis à vos pieds.
Diane. — A votre nom vous allez joindre bientôt le titre de conquérant, si, comme il me l'écrit, le grand-duc me promet son appui.
Alexandre. — Je crois qu'il souhaite davantage et qu'il a un autre souci.
fabio. — Si vous pouviez faire que, sans exciter leurs soupçons, il nous arrivât quelques troupes de Florence, tout serait sauvé.
Diane. — Je saurai m'arranger de manière à me prémunir contre tous mes ennemis, sans qu'eux-mêmes s'en doutent.
Alexandre. — Quels moyens prendrez-vous?
fabio, bas à Diane et à Alexandre. — Silence! De cette porte vous êtes écoutés par trois ennemis de Pâme : le monde, la chair et le diable.
julio, bas à Teodora et à Camilo. — Fabio a parlé; nous sommes découverts.
Camilo. — Avançons, puisque nous sommes vus.
teodora. — Madame!...
diane. — Bonjour, Teodora !
teodora. — Une lettre et des conférences... Que signifie?...
diane- — Depuis que j'ai lu dans un livre les prouesses que l'on raconte de certaines femmes, j'ai pris tant d'affection aux choses de la guerre, que, pour marcher sur leurs traces, j'ai écrit au Grand-Turc, afin qu'au reçu de ma lettre il ait à me livrer les Lieux-Saints. La lettre que vous voyez est sa réponse, par laquelle il déclare s'y. refuser. En conséquence, je veux faire de grandes levées, et mener mes troupes jusques au grand Caire, par terre et par mer. J'en délibérais tout à l'heure avec Octave, lequel me conseillait de ne pas avoir de démêlés avec le Turc.
julio, à part. — Celle-ci, il faut en convenir, passe toutes les autres.
550 LA FAUSSE INGÉNUE
diane. — Allons f levez-moi des bannières de trois ou même de six mille hommes.
Alexandre. — Madame, vous entreprenez la défense d'une cause sainte, qui a eu pour champions des rois de France et d'Angleterre, mais vous n'êtes pas assez puissante pour cela.
diane. — Que j'aime cette résistance! Suis- moi, Fabio.
fabio. — Où cela, madame.
diane. — Au Caire.
fabio. — Ne vaudrait-il pas mieux aller dîner, car il se fait tard.
diane.— Aller dîner?... Lances et escopettes!... Qu'on batte la générale, la générale!
julio, à part, à Teodora. — Il est bon, je crois, de l'accompagner, de peur de quelque grave folie.
fabîo, à Alexandre. — Qu'en dites-vous ?
Alexandre. — L'invention est originale.
teodora. — De sotte à folle il n'y a guère loin.
camilo. — Suivons son humeur.
julio. — Aux armes! sonnez clairons ! aux armes!
tous. — Guerre ! guerre!
fin de la deuxième journée.
TROISIÈME JOURNEE