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SCÈNE I

Salon du palais ducal.

ALEXANDRE, avec le bâton de commandement; il porte un costume magnifique. MARCELO.

Alexandre. — Toutes les troupes sont-elles entrées?

márcelo. — Toutes; les soldats ont pris logement dans les hôtelleries.

Alexandre. — Nous aurons une armée composée d'hommes vaillants et en bel équipage. Les bagages sont-ils arrivés?

márcelo. — Ils arrivent, portés sur des chariots.

Alexandre. — Que dit-on à Urbin?

márcelo. — Que c'est une énorme folie, sous prétexte de guerre avec le Turc, de réunir tant de troupes dans le duché.

Alexandre. — Ils doivent être inquiets.

márcelo. — Le peuple se plaint d'avoir à entretenir une armée, sous le prétexte d'aller conquérir les Saints- Lieux.

Alexandre. — J'ai reçu l'ordre de la réunir; et comme Diane est ma protectrice, je ne regarde pas à ce qu'elle ordonne, bien qu'il me paraisse peu raisonnable de tenter cette entreprise impossible. Des nations comme la France et l'Angleterre, puis Alphonse, roi d'Espagne1, ont entre-

\. Sans doute Alphonse VIII, vainqueur des Almohades, en 4212, avec le secours de Sanche-le-Brave, roi d'Aragon, et d'une foule d'autres barons chrétiens.

LA FAUSSE INGÉNUE

pris la guerre sainte; mais ces nations couvraient la campagne de soldats.

márcelo. — On dit encore que les routes sont pleines de soldats de Florence en marche contre Urbin; ils sont si peu éloignés qu'on aperçoit leur avant-garde des faubourgs.

Alexandre. — Je vais faire mon rapport à la Duchesse, ma souveraine. Mais qui vient ici?

márcelo. — C'est Teodora.

(Entre Teodora.)

teodora, à part. — Enfin, le voilà de retour. (Haut.) Laissez-nous, Marcelo. J'ai à parler à Octave. — Si vous consentiez, noble Farnèse, à mettre au service d'une autre entreprise les troupes que vous avez réunies pour l'exécution de cette folie énorme, je sais une femme qui vous aurait rendu bientôt maître de cet État.

Alexandre. — Et moi, Teodora, je la payerais par mon amour, si cela était juste. L'entreprise est impraticable, je le reconnais, mais ç'a été le bon plaisir de la Duchesse de me faire réunir les troupes dont elle m'a donné le commandement; je trahirais donc non-seulement mon devoir, mais cette âme innocente. Sans doute, c'est folie que de prétendre arriver jusqu'à Jérusalem, mais, après tout, c'est Diane qui me protège et me maintient à Urbin.

teodora. — Et si le procès se décidait en ma faveur?

Alexandre. — Alors, Madame, l'armée vous appartiendrait, mais jusques-là, non.

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