SCÈNE IX
Entre DIANE.
diane. — Je rends grâce au Ciel, vaillant Alexandre, d'avoir pu parvenir librement jusqu'à vous.
Alexandre. — Vous pouvez au moins compter sur mon courage. J'aurai perdu la vie mille fois, avant que vous soyez dépouillée de ce duché, qui n'est que la moindre partie de ce -qui est dû à vos rares mérites.
diane. — J'ai dissimulé mes pas pour arriver jusqu'à vous, et cependant j'ai pu voir rangé en bataille un escadron couvert de l'acier resplendissant.
Alexandre. — Vous avez vu, madame, les bannières, les munitions, et toutes les dispositions du camp réuni pour votre service. En attendant que toute l'armée soit assemblée, ma vive affection vous demande de me révéler les circonstances de votre noble naissance; et je ne suis pas le seul à former ce vœu l.
diane. — Illustre Médicis, le duc Octave ayant perdu son frère cadet dans la guerre que termina victorieusement le roi de France contre le monarque d'Angleterre, il lit venir à sa cour, sur le désir de son épouse Delphina. la comtesse Hortense, sa nièce : un ange revêtu d'une forme humaine. Elevée dans le palais, la comtesse vit un grand nombre de seigneurs aspirer à sa main, mais vainement. Le duc, qui l'aimait, la refusait à tous. La duchesse, qui avait veillé sur sa nièce avec sollicitude, mourut jeune encore. Le duc put alors parler librement. Il était un jour à la chasse avec Hortense, furieux de se voir dédaigné, quand lout-àcoup d'épais nuages étendent sur la forêt une obscurité
'I . Le moment semble mal choisi pour solliciter cette confidence L'un et l'autre doivent avoir bien d'autres préoccupations.
pleine d'horreur. La terre retentit des éclats répétés de la foudre; des nuages tombent confondues la grêle et la pluie. Creusée dans le flanc du rocher, une grotte sauvage offrait l'abri de ses flancs ténébreux. C'est là que la nature jeta les fondements de mon être, car, c'est là que la force triompha de la beauté d'Hortense. Il est une arme qui tue plus sûrement que l'épée, c'est le mépris de soi-même. Hortense mourut en nie donnant le jour. La mort sembla présider à ma naissance, car je grandis au fond d'une vallée ténébreuse, qui pouvait passer pour ma sépulture, autant que pour mon berceau. Je menais la vie d'une pauvre bergère, sans rien soupçonner de mon père, ni de la noblesse de ma naissance. Rien ne m'apportait la moindre espérance, bien que mon sang me donnât quelquefois de singuliers avertissements. Enfin brilla le jour de l'arrivée de Camilo, ou j'échangeai la bure pour le brocard, le village pour la cour. Et vous, l'asile tutélaire de mes craintes, vous devez à votre illustration de prendre en main ma défense, bien que votre gloire n'ait pas besoin de ce nouveau titre.
Alexandre. — Tragique histoire, et digne de compassion ! mais aujourd'hui la tristesse sera changée en gloire. La justice nous donnera la victoire, et vous verrez abattu à vos pieds l'orgueil de vos ennemis.
Diane. — Et aux tiens, Alexandre, celle qui t'adore. Allons, vaillant Médicis, tire avec confiance ton épée contre un parti qui aspirait à briser les balances de la justice. Si ta valeur seconde mon entreprise, j'espère voir couronner mes espérances, car l'appui d'un Médicis équivaut à la protection du Ciel.
Alexandre. — Parlez, Madame, et dites de quelle manière vous voulez prendre possession de votre État.
Diane. — En dépouillant cette apparence mensongère.
Alexandre. — Eh bien, plus de délais. En ce moment partent les troupes de Florence. Vous serez la femme renommée entre toutes.
Diane. — Et toi, le César florentin, le Mars de la Toscane.
fabio. — Et moi. que serai-je donc?
LA FAUSSE INGENUE
Diane. — Je ne te fais pas de tort, tant que je ne suis pas devenue ce que j'espère, Fabio. — Alexandre, je veux être armée, et paraître de ma personne au milieu des soldats, en attendant les troupes de Florence, dont l'arrivée sera décisive.
ALEXANDRE. • — Armez-vous donc, intrépide amazone : dévoilez à Urbin étonné votre prudence, votre sagesse, pour la terreur de vos ennemis.
dtane. —-Des armes, Fabio. Holà! mes serviteurs.