‹ Œuvres dramatiquesChapitre 285 sur 290 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Entrent MARCELO et des SERVITEURS portant vn harnais complet. DIANE se déshabille, et demeure en corsage cl en jupon garni de riches volants1.

DIANE. — Donnez-moi une épaulière et un corps de cuirasse.

márcelo. — Nous avons apporté les armes.

Diane. — - Attachez-moi bien legorgerin.

Alexandre. — Je le vois et ne puis le croire. Comment Madame, élevée parmi les chàtaigners et les genévriers, au milieu des précipices de ces montagnes où verdissent le hêtre et le sapin, comment avez-vous appris à revêtir l'acier des armes, à attacher boucles et courroies sur les trophées gravés2?

Diane. — 'Qui a reçu le don d'une haute naissance n'a pas besoin de l'apprendre. Il suffit de l'avoir vu, pour peu qu'on ait d'esprit. Voici un grand dont l'adolescence s'esl écoulée à la cour, parmi le musc et Tambre, et le drap d'or. Le roi lui dit: Partez pour la guerre. Il part; il rejoint l'armée, et en présence de l'ennemi, au milieu des balles qui sifflent, on dirait un autre Hector. Comment expliquer cela? Qui lui a enseigné le courage? Il est évident que c'est le sang qu'il a reçu de ses aïeux, et qui

'1. Il est probable que cette pièce a été écrite pour une actrice qui fixait pour spécialité les rôles travestis. Gravés sur l'acier <le l'armure.

journée ru, scène xr.

fait l'office d'une seconde âraè chez, les bons. L'âme est, la source du brio, comme 1?. bravoure naît du cœur, îa témérité du mépris, la courtoisie de la prudence, la pitié de l'amour, la vengeance de la jalousie.

FABro. — Qu'en dites-vous, Alexandre?

Alexandre. — Si vous posez la main sur le tuyau d'une fontaine, et que vous la retiriez tout à coup après l'avoir maintenue quelque temps, vous voyez l'eau s'élancer avec tant de furie, que Ton dirait que l'eau qui sort est poussée, est pressée par celle qui arrive; ainsi, la belle Diane, après avoir tenu si longtemps son entendement captif, lui donne eniin un libre essor, et sur ses lèvres s'entassent, s'accumulent les pensées.

FABro. — Gomme elle porte bien l'épée! Que vont dire ceux qui l'ont vue hier si simple, aujourd'hui si martiale?

Alexandre. — Qu'il a suffi de l'astuce d'une femme pour duper de très-habiles gens.

Dr a ne. — Comment me trouvez-vous?

FABro. — D'or et d'azur.

Diane. — Eh bien, suivez-moi, et que le monde apprenne à me connaître !

(Tous sortent.)

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