SCÈNE XI
Le théâtre représente une place et le vestibule du palais ducal à Urbin . JULIO, CAMILO.
CAMrLO. — C'est aujourd'hui le jour qui va tout expliquer.
juno. — Oui, notre cité n'aura plus sous les yeux le douloureux spectacle de la déraison et de la folie.
CAMrLO, à part. — En voilà un qui se croit déjà duc d' Urbin.
julio, de même. — En voilà un qui s'imagine être déjà à la tète de l'état.
CAMrLO. — Julio croit déjà mériter la palme. Quelle présomption ! Quel aveuglement !
568 LA FAUSSE INGÉNUE
julio. — On voit dans l'altitude orgueilleuse de Camilo percer la vanité de ses dédains.
Camilo. — Julio ignore la résolution de Diane. Qu'il soit béni mille fois cet Octave qui spontanément m'a désigné au titre de duc d'Urbin.
julio. — C'est noble à Octave, c'est sage, c'est beau d'avoir persuadé à l'âme candide de Diane de me choisir pour son époux.
camilo. — Octave, le plus généreux des mortels, je ne sais comment m'acquitter envers toi.
julio. — Un homme comme Octave, et qui m'a donné la Duchesse... que pourrai-je lui offrir? Rien n'est assez précieux.
(Entrent Teodora, Laura et Fenisa.)
fenisa, à Teodoro. — D'ici vous pouvez assister au défilé des troupes.
teodora. — Mon ardeur s'enflamme au bruit des armes.
laura. — Quel beau spectacle que la guerre! Comme le cœur se réveille aux sons des trompettes et des tambours!
teodora. — Mon âme jusqu'ici indécise, se déclare, Fenisa, en faveur d'Octave.
fenisa. — Elle ne pouvait mieux choisir. [A port, à Laura.) Peut-on s'abuser plus profondément?
laura, de même. — Elle s'imagine qu'Octave va la faire duchesse par la force des armes.
teodora. — Où s'est fourrée cette pauvre idiote, qu'elle ne vienne pas voir ces brillants escadrons ? Mais quelles peuvent être les joies de qui ne sent rien 0