SCÈNE ni
Salon dans la maison d'Eliso.
ELISO, FABIO.
fabio. — Tâchez, par votre vie, de l'épouser; car elle est riche, bien née et fort belle.
eliso. — Belise donne dans la fantaisie bizarre de ne trouver rien ni personne à son gré. Chaque jour, on colporte dansMadrid quelque nouvelle histoire de cette dame ennuyée et dédaigneuse; car ses façons bizarres et à tout propos font le bonheur des flâneurs en désarroi. Je sais bien qu'on exagère beaucoup de choses, car c'est la coutume des faiseurs de récits de les enfler en les racontant. Tout conte s'enfle en faisant son chemin. Toute la geni masculine lui fait peur, à ce qu'elle prétend. Elle n'aime pas plus l'homme d'esprit que le sot. Quelqu'un esl-il grand, elle trouve qu'il passe la mesure; s'il est petit, c'est un défaut.
fabio. — L'agréable personne!
eliso. — Elle a écarté un prétendant, parce qu'il avait un signe sur la figure, et un autre cavalier, parce qu'il était roux.
fabio. — C'était plus raisonnable.
eliso. — Pourquoi '?
fabio. — Par les inconvénients qu'on attribue à ce poil.
eliso. — Un de ses amoureux se présente un jour fort paré, et en le voyant brillant comme une glace : « Plutôt que de coucher, dit-elle, avec cet imbécile, qu'on me donne à manger : il pourra servir d'assiette. »
fabio. — Relise devrait se fabriquer un amant à Alcorcon, lieu renommé pour son argile.
eliso. — Telle est cette fille d'Eve : les cavaliers les mieux faits, les plus galants, ne sont pour elle qu'un objet de plaisanteries et de risée.