SCÈNE IV
Entre FELISARDO, l'air égaré, l'épée nue à la main.
felisardo. — Eliso est-il chez lui?
eliso. — C'est toi, Felisardo?
felisardo. — Vite! je crois que je viens de tuer...
eliso. — Qui donc?
felisardo. — Un cavalier navarrais, en faisant compagnie à Celia qui venait du Prado avec Aurélie. Elles étaient sorties ce matin pour aller à la promenade. Je sortis en même temps. Ce cavalier les suivait. Elles retournent; il en fait autant, et s'attache à leurs pas d'un air arrogant et superbe. Leurs femmes s'en émeuvent, et j'avais peine moi-même à me contenir depuis longtemps. Je lui parle; il me répond. Il vient à moi; je l'attends de pied ferme. Il dégaine; j'en fais autant. Maintenant son compte est réglé1. Les femmes s'étaient enfuies. J'offris la main à Celia, et je l'ai menée...
eliso. — Où donc ?
felisardo. — A votre porte.
eliso. — Qu'elle entre vite.
felisardo. — Celia ! Celia !
(Entre Celia.)
celia. — Cher ami !
4. Le jeudi saint de l'an 1600, Qnevedo assistait à Ténèbres, non loin d'une dame dont le port et l'élégance annonçaient la haute qualité, quand tout à coup il vit un cavalier, après quelques contestations, oublier ce qu'il devait à la sainteté du lieu et à lui-même, au point de donner à cette dame un soufflet. Quevedo prend sur-le-champ la défense de la personne outragée, entraîne l'inconnu sous le porche de l'église; les épécs sont dégainées, et, après quelques passes rapides, le discourtois cavalier tombe mort d'un coup d'estoc dans la poitrine. — On voit si la comédio de Lope est une peinture fidèle de l'Espagne d'alors.