‹ Œuvres dramatiquesChapitre 40 sur 290 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Entre DON JUAN.

5 don juan, à la cantonade. — Fissiez-vous appel à Rome, vous verrez si je persiste dans ma volonté. Je sais parfaitement qui elle est.

celia. — Don Juan! Monseigneur!

don juan. — Que vois-je, grands dieux!

carrillo. — Quand vous connaîtrez les faits, vous comprendrez les raisons qui me font agir. Le diamant que votre sœur a acheté hier chez son joaillier a été volé par la coquine que voilà, avec son air honnête. On m'a commandé de la fouetter, et moi, comme vous voyez, j'allais...

don juán. — Ah! chien. Un pareil ange!...

(Il tire son épée. )

carrillo. — Doucement, s'il vous plaît. Si c'est un ange, pourquoi vous fâcher? Les anges sont purs esprits: étant dépourvus de corps, je ne puis d'après cela lui faire grand mal.

'I . Le genre de châtiment demandé par l'implacable Belise (pringo* consistait à faire fondre un morceau de lard sur des charbons et à arroser la peau du patient de gouttes brûlantes. C'était un des nombreux supplices qu'on infligeait aux esclaves.

don juan, Cépée à la main. — Misérable, j'aurai ta vie! carrillo, fuyant. — Tiberio ! Lisarda ! Flora I Belise ! celta. — Laissez-le, je vou-s prie. Il avait, en effet, reçu l'ordre.

don juan. — Vous le voulez, madame; je le laisse donc. — Quelle cruauté! quelle fureur! quels effets de l'envie! Yeux charmants, prenez vengeance sur les miens. Percezmoi le sein de cette épée. La voici; tuez-moi. Donnez-moi mille fois la mort que je mérite.

celia. — Laissez-moi passer, seigneur; je crains votre mère Lisarda ; laissez-moi, pour l'amour de Dieu. Si on vous voyait en ce moment, si on me voyait seule à seule avec vous, ce serait matière à d'autres récriminations. Laissez-moi descendre à la cuisine; laissez.

don juan. — Un moment.

celia. — Je ne puis.

(Elle sort.)

don juan, seul. — Quelle inconcevable cruauté! Et pourquoi s'étonner que tu fuies loin de moi, quand j'arrive au moment où un vil laquais s'apprêtait à commettre un tel sacrilège sur ce chef-d'œuvre des deux? — Elle doit être ma femme. Je vais donc vous désabuser, et si vile, que vous en soyez stupéfaits, et teniez le remède pour impossible.

(Entrent Tiberio et Lisarda.)

tiberio. — Que parles- tu de remède impossible?

don juan. — Écoutez bien tous deux ce que j'ai à vous dire, puisque vous êtes ceux à qui je dois aujourd'hui faire acte de respect. — Il y avait là tout à l'heure un homme... (S'il ne s'était enfui si lestement, il aurait reçu le prix de sa folle audace) un homme chargé par vous de fouetter Zara. Mais écoutez bien ceci : je défends à qui que ce soit de porter la main sur ma femme.

lisarda. — Qu'est-ce que cela signifie?

don juan. — Sur ma femme, entendez-vous bien?

tiberio. — Il vaudrait bien mieux don Juan, appeler de suite quelqu'un pour te conduire au Nonce1.

Page 1