‹ Œuvres dramatiquesChapitre 42 sur 290 · SCENE YÏII · texte numérisé non relu

SCENE YÏII

Il est nuit.

BELISE, FLORA.

relise. — Approche ici des flambeaux.

flora. — Je vais les chercher, madame.

(Elle sort et revient avec de la lumière.)

belise. — Approche-moi un cabinet1, Flora. plora. — Vous voulez écrire!

BELisE. — Oui et non ; car si je prétends confier mes pensées au papier, où est la plume capable de rendre des sentiments si étranges?

flora. — Comment s'est terminée celle histoire de Zara, qui vous a causé tant de peine?

eelise. — Je feignis de m'évanouir pour donner du courage à mon line, et quand il me donna la main, je lui passai au doigt mon diamant.

Flora. — A Pedro?

belise. — Oui; le traître pouvait ainsi me comprendre, mais il s'efi garda bien. Du réduit où, cachée, elle nous épiait, sortit furieuse cette esclave de malheur, cette femme

1. Un de ces meubles du seizième siècle. Fabriqués êri Italie, dont on trouve encore de très-beaux échantillons en Espagne.

LES CAPRICES DE BELISE

ou plutôt ce démon, el il lui donna- mon diamant, supposant, Flora, que j'étais réellement évanouie; et, dans la juste colère que me causait tant d'ingratitude, je feignis que Celia me. l'avait volé, pour soulager mon ressentiment. Malheureusement, mon projet de châtiment n'a pas réussi.

flora. — La faute en est à don Juan; c'est lui qui s'y est opposé. Mais, avec la réserve dont fait preuve Pedro, remarquez bien que vous avez pris un mauvais moyen de lui faire connaître votre amour, car vous ne l'avez montré que par signes; et, comme il arrive entre personnes de rang inégal, si vous ne trouvez le moyen de le prévenir et de l'informer, jamais il ne viendra à connaître vos sentiments 1.

belise. — Sj j'étais sûre, Flora, que ce Pedro fût l'homme que j'ai en la pensée, je crois que je m'enhardirais à lui dire, en propres termes, queje souffre d'amour et de jalousie.

flora. — La pudeur d'une âme noble fuit d'ordinaire la lumière du jour. Il fait nuit; l'obscurité est favorable à toute espèce de libertés. Parlez-lui sans lumière, et diteslui : Pedro, c'est moi, moi Belise qui t'aime.

belise, — Je songe involontairement aux caprices bizarres dont j'ai vécu jusqu'à ce jour. Mais, si l'amour a permis pour mes péchés ce châtiment, je crois que la résistance que j'opposerais aurait bientôt pour effet ma mort. — Sais-tu ce qu'il te faut faire quand Pedro sera venu, pour que je mette tin aux scrupules de ma honte ? Fais en sorte, en mouchant les bougies, d'en éteindre une.

flora. — Fort bien; mais l'autre?

belise.. — Il n'y aura ici de lumière aucune, car je prétends étouffer aussi celle de l'entendement, afin de pouvoir mieux lui dire toute ma pensée. Mais viens par ici avec moi, car j'aperçois nos esclaves.

(Elles se retirent dans l'enfoncement du balcon, de manière à n'être pas vues.)

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