‹ Œuvres dramatiquesChapitre 43 sur 290 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Entrent CELIA et FELISARDO.

felisardo. — Tu viens d'entendre ce à quoi je suis résolu.

celia. — Réfléchis bien avant d'agir.

felisardo. — Je veux déclarer qui je suis. Il y aurait de la folie à risquer que quelque jour tu reçoives le châtiment que l'on voulait t'infliger aujourd'hui, et qu'un misérable laquais porte la main sur ces yeux dont la lumière fait honte à celle du soleil.

celia. — Regarde bien à ce que tu fais.

felisardo. — Pourquoi tarder plus longtemps? Ou vient de me raconter que le cavalier navarrais a assisté à une messe pour sa blessure, comme d'autres à une messe de relevadles. Et d'ailleurs, je suis dégoûté de tout ce' que j'ai eu à souffrir. Je mange peu, je dors moins encore. Je traîne ce carcan avec sa baguette, supplice intolérable, si je ne le souffrais pour toi, Hier enfin, quelle honte ! on m'a fait aller jusqu'au ruisseau.

celia. — Souvent, mon cher Felisardo, on voit la Fortune nous assaillir par un malheur bientôt suivi d'une foule d'autres. Tu portes, je le confesse, des vêtements vils qui t'obligent à de vils travaux; mais considère aussi que ma peine, ma douleur ne sont pas moindres.

felisardo. — Vaut-il mieux continuer à souffrir /

celia. — Mon âme me dit que oui. — (Bas.) Sors vite du salon, car voilà Belise.

belise. — Dis-moi, Pedro.

felisardo. -- Pardon, j'ai affaire là-bas.

celia. — Ne sois pas si pressé.

felisardo. — J'arrive en tremblant.

belise, voyant venir Lisarda. — Reste ici ; j'ai à le parler quand ma mère sera partie.

celia. — Hélas!

felisardo, à part, à Celia. — Qu'as-tu? celia. — Tu ne devines pas?

78 LES CAPRICES DE BELISE

felisardo. — Encore de la jalousie?

celia. — Suis-je de marbre?

felisardo. — Songe, mon bien, que, dût-on m'offrir

l'univers, je dirais à l'univers: Non!

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