SCENE XI
Entre CARRILLO avec une torche, éclairant DON JUAN.
carrillo. — Où courez-vous ainsi?
don juan. — Je cours comme un insensé... Ah ! çà ! mais que failes-vous donc tous ainsi ? ■ tiberio. — Nous attendions de la lumière.
belise, à part. — C'est à ma mère que je parlais! Tant mieux! elle sait tout, maintenant.
lisarda, à part. — C'est à ma fille que j'ai déclaré le bienvque je veux à mon esclave, et elle, de son côté, m'a avoué le même sentiment.
femsardo, à part. — Comment ! C'est à Tiberio que je parlais, à Tiberio que je disais des douceurs1?
tiberio. — Je vois maintenant ce que je ne comprenais pas dans la bouche de Lisarda; c'était Pedro l'esclave qui me contait fleurette.
celia. — O nuit, mère de l'erreur! Je viens de m'apercevoir que j'ai fait des déclarations à Flora.
SI
lisabda, à don Juan. — Que viens-tu faire ici, tel qu'un Grec qui livre Troie aux flammes?
don juan. — Livrez-moi mon épouse, madame; je veux l'emmener dès ce soir, afin de vous montrer que si vous prétendez vous marier, j'ai aussi ce désir; lequel, entre nous, me semble plus raisonnable?
ltsarda. — Va, Flora, et enferme bien Zara.
don juan. — L'enfermer?
tiberio. — Écoute, et sois raisonnable.
don juan. — Raisonner, quand on est aveuglé par la passion!
lisabda. — Et toi, Pedro, joins-toi h Flora pour garder Zara.
felisabdo. — Très-volontiers ; car je suis révolté, madame, de la conduite de don Juan.
don juan. — Tu t'en mêles aussi, chien!
felisabdo. — Je suis un chien, oui, le chien de ce jardin, et tant que je veillerai à la porte que l'on confie à ma garde, il vous sera défendu d'y entrer, fût-ce en perçant la muraille, et de cueillir le fruit que vous savez et que prétend votre aveugle désir. Car j'ai semé dans ce jardin de si belles espérances, que vous verrez à ma fureur ce dont je suis capable pour les défendre. Si le chien, quand il est maltraité, se retourne même contre son maître, vous verrez de quel chien vous serez mordu, car l'amour jaloux devient de la rage.
(Sortent Flora et Felisardo, emmenant Celia.)
don juan. — Laissez-moi châtier sur cet audacieux coquin l'insolence de ses paroles.
tibebio. — Modère-toi, don Juan, et apprends à ne pas manquer de respect au sang, à la vieillesse et à l'expérience.
don juan. — Je n'ai pas connu la vieillesse; tu as été jeune, toi, et tu n'ignores pas que, dans les jeunes années, l'amour peut pousser à de semblables folies. Après tout, je ne sais de quel droit vous prétendez ainsi me tracer mon chemin.
lisabda. — Ne lui répondez pas; tenez-le pour fou. don juan. — Je veux mon épouse, ma mère.
ti. 6
LES CAPRICES DE BELISE
b élise. — J'ai gardé jusqu'ici le silence, mon frère, mais ce n'était pas faute de sentir le regret. que j'éprouvais de votre coupable hardiesse. Quelle est cette épouse que vous réclamez?
. don juan . — C'est Zara; elle est mon épouse. BELiSE. — Zara? une esclave!
don juan. — Si je la réclame, c'est que je sais qui elle est.
belise. — Hé bien ! si tu as, concernant cette Turque, d'autres renseignements que ceux que nous connaissons, agis avec plus de retenue, et fais en gentilhomme les démarches nécessaires.
don juan. — Si je vous amène quelqu'un qui atteste ce que je vous dis, qu'aurez-vous à répondre?
tiberio. — Si quelqu'un de respectable nous démontre notre erreur, s'il est jugé convenable que tu épouses une femme qui est marquée au visage, je m'engage à te la donner moi-même ce soir.
don juan. — Pars, Carrillo, et amène-nous Eliso. Non, attends; allons-y tous deux. Je veux aussi amener son père.
carrillo. — Que prétendez-vous, seigneur? Considérez l'affront que vous faites à votre famille.
don juan. — Malheureux! veux-tu donc périr de ma main ?
carrillo. — Que cette lumière qui nous éclaire vous fasse voir votre folie.
don juan. — Je ne vois que par les yeux de l'Amour.
carrillo. — Soit; mais regardez ce flambeau : il vit de la cire qui alimente sa lumière. Retournez-le, en dirigeant sa flamme vers la terre : la même cire qui le fait vivre est ce qui cause sa confusion et sa mort.
don juan. — Laquais, mon beau diseur, je ne sais, vive Dieu! qui me tient que je ne vous coupe les jarrets! — Marche.
carrillo. — Où est la lumière capable de dissiper l'aveuglement d'un amant?
(Don Juan sort avec Carrillo.)
tiberio, à parí, à Lisarda. — L'occasion me paraît bonne, Lisarda, pour célébrer aussi ton mariage simulé.
lisarda. — Pars, va faire transformer Pedro en Felisardo; qu'il se présente comme pour l'entrevue. Gela va rendre mes enfants plus traitables.
tiberio. — J'obéis; il sera impossible de le reconnaître sans sa marque, dépouillé de son carcan, et revêtu des habits magnifiques que j'ai préparés pour lui.
(Sort Tiberio.)