‹ Œuvres dramatiquesChapitre 46 sur 290 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

LISARDA, BELISE.

lisarda. — Sais-tu où va Tiberio?

belise. — Chercher la justice, je pense.

lisarda. — Tu ne sais donc pas que je me marie? Tu n'as pas compris le mystère?

belise. — Vous vous mariez, vous?

lisarda. — Tu assisteras tout à l'heure à l'entrevue. J'attends mon fiancé.

belise. — Et quel est-il, ce fiancé?

lisarda. — Un gentilhomme. Tiberio a pris mon carrosse, et va le ramener.

belise. — Vous voulez nous faire peur.

lisarda. — Peur? C'est ce que nous allons voir. — Quels ennuis, quels dégoûts ne m'ont pas causés vos caprices bizarres depuis que vous êtes nés! C'était à en perdre la raison. C'en est trop; je suis poussée à bout. Toi, ce sont chaque jour des lubies nouvelles : aujourd'hui tu manges du plâtre, de l'argile; demain il faut te traiter, te soigner. Et quant à cet autre fou désobéissant, ce sont des chaînes, des parures, c'est l'or qu'il demande à verser à pleines mains. Le jeu, les chevaux, les courtisanes... que sais-je? Maintenant, il demande à se marier... Mais je veux en finir. Ce sera du sérieux, cette fois. Je ne serai plus la maman mignonne qui ne sait que pleurer et se lamenter. Dût mon époux être un esclave, cela vaudrait encore mieux.

LES CAPRICES DE BELISE

Je suis encore jeune; je veux avoir quelqu'un qui s'occupe de moi. On sait ma fortune.

BELisE. — C'est décidé? Eh bien! écoutez.

LISARDA. — J'éCOUte.

belise. — Ma mère, ma chère mère, vous vous plaignez de mes caprices, et vous avez raison. J'ai eu des caprices, car je suis née ainsi. Les caprices, chez les jeunes filles, sont comme les fleurs en avril. Mais vous, señora, qui touchez à la cinquantaine, bien que vous vous en défendiez, vous échangez les rôles, vous devenez ce que j'étais. Au noir ébène que j'ai vu sur votre front, l'âge a mêlé des fils d'argent, et l'on taxe ici d'impureté vos désirs de mariage. Il est bien tard pour battre des ailes; vous ferez rire à vos dépens. Si vous êtes résolue, recevez mes félicitations, mais regardez-y bien, et souffrez que je vous dise même ceci : Si votre époux est vieux, vous étant déjà vieille, ce sont deux glaçons que vous allez réunir. Quelle triste perspective! S'il est jeune, quand vous ne l'êtes plus, ah ! ma mère, attendez-vous à être la corde que l'acrobate presse du pied pour s'élancer ensuite légèrement dans les airs. Il mangera des perdreaux avec votre argent, et vêtira de soie quelque donzelle. Il deviendra l'Adonis de ces déesses de Madrid qui savent si bien plumer leur gibier. C'est à votre cœur que je m'adresse; mais vous me répondrez peut-être : Que sert de parler à qui veut agir ?

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